Stéphane Audran nous a quitté le 27 mars dernier. Elle s’était éloigné des plateaux de cinéma depuis dix ans, depuis son dernier film La Fille de Monaco, qu’elle appréciait moyennement. Elle s’y trouvait mal photographiée...

Stéphane Audran dans "La Femme infidèle" de Claude Chabrol
Stéphane Audran dans "La Femme infidèle" de Claude Chabrol © Getty / Michael Ochs Archives

 Mais son désir de cinéma s’évanouissait déjà dans une histoire révolue, celle d’un passé cinématographique prestigieux où son visage racé était inscrit à jamais. 

Colette Dacheville, son nom de baptême, est née le 2 novembre 1932 à Versailles. De santé fragile, la petite fille grandit à la campagne où elle passe toutes les années de guerre. Malgré la réticence de sa mère, elle suit les cours d’art dramatique de Charles Dullin. Elle y fait la rencontre de Michel Serrault et de Jean-Louis Trintignant, qu’elle épouse à l’automne 1954. Il la quitte deux ans plus tard pour Brigitte Bardot rencontrée sur le tournage de Et Dieu créa la femme

« Quand j’ai débuté, je voulais simplement devenir bonne actrice, je parlais faux, je ne savais pas me déplacer et en plus j’étais morte de timidité ». Malgré cela, Stéphane Audran commence une carrière au théâtre, certes modestement et sous son vrai nom. Elle étrenne les planches avec La Fille à la Fontaine et enchaîne avec des petits rôles dans Macbeth et dans Jules César aux côtés de Trintignant. 

Puis, elle débute en 1957 devant les caméras de cinéma dans un court-métrage intitulé Le Jeu de la nuit avec Maurice Pialat comme partenaire. 

C’est à Jean-Claude Brialy qu’elle doit sa rencontre la plus déterminante. En effet, c’est lui qui la présente à Claude Chabrol. Le réalisateur lui offre alors un petit rôle dans Les Cousins, pour commencer à la connaître, puis lui dédie le rôle principal des Bonnes femmes aux côtés de Bernadette Lafont. C’est un véritable tournant pour sa carrière. Stéphane Audran et Claude Chabrol ne tourneront pas moins de 22 films ensemble, de Landru à Betty et bien sûr La Femme infidèle, Le Boucher, Violette Nozière, Les Noces rouges. Elle est incontestablement son actrice fétiche et sa source d’inspiration. Le réalisateur et sa muse tombent aussi amoureux, leur fils Thomas naît en 1963 et ils se marient l’année suivante. 

Au cours des années 70-80, Stéphane Audran est très sollicitée par d’autres metteurs en scène, avec qui elle collabore, tout en privilégiant toujours Chabrol. Elle tourne alors avec le gratin du cinéma mondial : Bunuel, Sautet, Tavernier, Samuel Fuller… 

En 1978, Violette Nozière marque une étape importante dans la collaboration artistique entre Stéphane Audran et Claude Chabrol. Le film consacre la fin du cycle Audran, supplantée désormais par Isabelle Huppert. 

En 1987, Gabriel Axel lui offre un superbe rôle dans Le Festin de Babette, une ode à la gastronomie française face à l’austérité de la société danoise au XIXème siècle. Le film obtient l’Oscar du Meilleur film étranger. Stéphane Audran est érigée par la critique en héritière des plus grandes tragédiennes de l’histoire du cinéma. Et de fait, elle possède l’arme majeure des plus grandes comédiennes : un regard. Car les gens ne vont pas au cinéma pour voir des acteurs mais pour être regardés par eux. 

Dans la mythologie du cinéma français, Stéphane Audran occupe une place étrange et fascinante, car elle nourrit le mystère de l’actrice rousse. Claude Chabrol lui a fait endosser tous les atours liés à son physique, mais elle échappe toujours aux clichés par son ton moqueur et traînant. Peut-être une ultime pudeur dissimulant sa détresse. 

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