L’évocation des destins tragiques du cinéma américain est indissociablement liée à Marilyn Monroe, James Dean, à la rigueur Jayne Mansfield...

Portrait de la comédienne Jean Seberg
Portrait de la comédienne Jean Seberg © AFP / Farabola/Leemage

Mais elle ne s’attache jamais, ô grand jamais, au nom de Jean Seberg.

Et pourtant, quelle vie tragique, dont la ressortie de Bonjour Tristesse ravive le drame cruel.

« Je l’ai toujours assimilée à Alice au Pays des Merveilles » dira d’elle Maurice Ronet, « Jean avait un étonnement perpétuel devant les choses et les êtres, même quand la situation s’est gâtée pour elle, elle demeurait ouverte. Même à la fin, quand elle devint Alice au Pays des Horreurs ».

Pourtant tout commença en un « Il était une fois ».

Née en 1938 à Marshalltown en Iowa, Jean Seberg s’intéresse très jeune au théâtre qu’elle perçoit comme un possible échappatoire à ce Midwest réactionnaire. Et son inscription à des cours d’art dramatique n’est pas non plus étrangère au culte obsessionnel qu’elle voue à Marlon Brando.

À l’automne 1956, Otto Preminger cherche une inconnue pour son film sur Jeanne d’Arc, et organise un concours à travers tous les États-Unis, mélange de rêve américain et de télé réalité. À l’insu de la jeune femme, ses amis répondent à l’annonce et Jean est choisie entre toutes.

Elle est prise sous contrat et exhibée dans une vaste campagne publicitaire avant même d’avoir tourné. Cette première expérience est très violente et Otto Preminger, surnommé le Führer par Billy Wilder, ne la ménage pas. Le film fait un four mais ne dissuade pas le réalisateur de la rappeler pour incarner l’héroïne de Bonjour Tristesse.

Elle est belle en diable avec ses cheveux courts à la garçonne, et le succès d’À Bout de souffle propulse rapidement sa figure mutine vers la reconnaissance critique et publique. Seberg et Belmondo deviennent l’incarnation du couple mythique de la Nouvelle Vague.

Extrait À Bout de souffle.

Elle s’est mariée très jeune avec un avocat d’affaires qui rêvait de cinéma, mais elle brise bientôt cette union pour embrasser la vie de Romain Gary, l’écrivain charismatique, vétéran de la France Libre. L’homme de lettres est également marié et le secret de cette passion se trouve malmené avec la grossesse de Jean. La naissance de Diego en juillet 1962 est ainsi dissimulée pendant plus d’un an afin de coïncider au mariage de Jean et Gary à l’automne 1963. Un mariage en douce comme dirait l’écrivain Ariane Chemin.

Si les promesses de ses débuts s’estompent avec la suite de sa carrière, elles renaissent pourtant en un bref éclat avec Lilith de Robert Rossen. Pour le personnage éponyme, Jean élabore une stupéfiante composition de femme schizophrène.

Mais ce rôle met à mal son équilibre vacillant, et elle s’éprend bientôt de la défense des minorités raciales, soutenant la cause des Blacks Panthers. Elle devient alors la cible du FBI qui la déclare actrice ennemie de la sécurité nationale et la poursuit de rumeurs infâmes. Ces médisances la traquent jusque dans sa seconde grossesse, dont il est suggéré que le père serait un membre des Black Panthers. L’enfant meurt à la naissance, et Jean la fait inhumer dans un cercueil de verre, exposant ainsi au monde la blancheur de sa peau.

Dépressive au dernier degré, elle trouve un dernier réconfort auprès de Dennis Berry, celui-ci s’employant à la faire retrouver le cinéma et surtout à la guérir de la schizophrénie.

C’est en décembre 1977 que je la rencontre, lors d’un Réveillon au domicile de Claude Berri. La pétillante Jean Seberg s’est muée en une figure fatiguée au regard flou. Je côtoie quelques minutes ce visage absent à lui-même et sa présence me bouleverse.

« C’est la mort qui transforme la vie en destin » disait André Malraux. Jean Seberg fut découverte inanimée dans sa voiture le 8 septembre 1979. Overdose de barbituriques, suicide ou assassinat... La question fut posée. Le mystère jamais élucidé.

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