Ce soir, notre vedette de l’écran est une actrice que je connais bien puisqu’elle nous a fait l’honneur à Marie-France Brière et moi-même d’être la Présidente de notre festival du Film Francophone d’Angoulême cet été...

Au fil de sa riche carrière, Karin Viard a brossé une multitude de portraits de femmes. Qu’elles soient émancipées, fragiles, colorées, effacées, émouvantes, excessives ou libres, chacune d’elles a dessiné une féminité plurielle, jamais uniforme.  

Née à Rouen, Karin Viard affronte très jeune le divorce de ses parents. Elle est alors élevée par ses grands-parents maternels dans l’appartement plein de décors kitschs de ces anciens tapissiers-décorateurs. Elle passe ainsi sa « jeunesse en maison de retraite », selon ses propres mots, goûtant à une grande liberté et nourrissant son imaginaire.   

Devant la télé, entre un opéra et un concert de Luis Mariano, le goût du théâtre lui vient. Dès lors, elle n’imagine plus faire autre chose que comédienne. C’est avec ambition et des rêves de comédie plein la tête que la jeune Karin Viard quitte sa Normandie natale pour la capitale. Nous sommes au milieu des années 80. 

Sept ans plus tard, après des cours de théâtre et d’innombrable petits boulots, elle décroche son premier rôle au cinéma dans Tatie Danielle d’Étienne Chatiliez. Elle brille dans son personnage de rousse pulpeuse et se fait remarquer par Jean-Pierre Jeunet. Le réalisateur lui offre un nouveau second rôle, celui de Mademoiselle Plusse dans Delicatessen en 1991. 

Deux ans plus tard, Xavier Durringer lui propose son premier grand rôle dans le film La Nage indienne. C’est là que j’ai rencontré Karin Viard pour la première fois, alors que j’étais l’agent de Durringer. Elle y incarne déjà un type de femme vivante et sexy au parler vrai, tout le contraire d’une minaudeuse. 

Puis, c’est vraiment avec La Nouvelle Ève de Catherine Corsini qu’elle distille dans un personnage son identité de femme des années 80 : déterminée et fragile. Elle s’impose alors comme une actrice de premier plan avant de crever l’écran dans Haut les cœurs! de Solveig Anspach où elle incarne une femme enceinte atteinte d’un cancer. Ce rôle émouvant et incarné lui vaut le César de la meilleure actrice en 2000.

C’est en 2002 qu’elle remporte sa seconde statuette pour Embrassez qui vous voudrez de Michel Blanc. Son personnage d’éternelle fauchée lui offre le César du Meilleur second rôle. Depuis, Karin Viard s’est imposée comme une actrice incontournable du cinéma français. 

En 2011, elle joue dans la comédie aux millions d’entrées de Dany Boon Rien à déclarer puis incarne une mère de famille sourde et muette aux côtés de Louane et François Damiens dans La Famille Bélier d’Éric Lartigau, l’un des plus beaux succès cinéma de 2014. 

Pour Karin Viard, « Il n’y a rien de plus ennuyeux qu’interpréter quelqu’un qui a raison de penser ce qu’il pense. Jouer des personnages tordus, compliqués, méchants, de mauvaise foi me passionne ». Il ne fait donc aucun doute que son personnage de mère monstrueuse dans le film Les Chatouilles d’Andréa Bescond et Éric Métayer a dû la passionner...

Ce que j’aime chez Karin, c’est que, comme les grandes actrices américaines Joan Crawford, Bette Davis, Meryl Streep et Glenn Close, elle privilégie le personnage sans jamais à le juger, l’excuser, l’embaumer. Et comme ces illustres actrices, on ne dit jamais à son sujet : « Elle nous fait du Karin Viard », comme on pourrait dire parfois d’Annie Girardot...

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