De l’abattage, du toupet, une voix qui détaille aussi bien les couplets de Jeanson que les arpèges d’Offenbach, un nez où il pleut dedans, un corps en perpétuel mouvement. Suzy Delair est la plus parigote des actrices.

Suzy Delair
Suzy Delair © Keystone-France

Gosse de la communale, née dans les cours du faubourg Saint-Antoine, ses parents souhaitent qu’elle devienne sage-femme, mais elle veut être comédienne. D’abord apprentie modiste chez Suzanne Talbot à 13 ans, elle ne jette pas ses rêves aux orties et fait de la figuration sur scène et à l’écran. 

Son apparition dans le rôle de la soubrette dans _Un Caprice de la Pompadour_ne suffit pas à nourrir ses illusions, et c’est sa jolie voix qui va lui faire connaitre ses premières réussites. 

Elle enchaine ainsi les tournées fastidieuses et les cafés concerts, et obtient très jeune ses premiers succès comme chanteuse de genre aux Bouffes parisiennes. Puis, elle se produit dans de nombreuses revues aux Variétés ou à l’ABC, aux côtés de Mistinguett, et donne au théâtre la réplique à Fernandel dans Le Rosier de Madame Husson. 

Ses débuts au cinéma sont difficiles et elle multiplie les petits rôles de figuration intelligente dans des films de l’avant-guerre, comme Dédé avec Albert Préjean et Danielle Darrieux, et Prends la route, un film musical de Jean Boyer. 

Sa rencontre avec Clouzot est déterminante. Dans _Le Dernier des Six_de Georges Lacombe, film produit par la Continental et scénarisé par Clouzot dont elle est alors la compagne, elle évince par son talent l’actrice principale Michèle Alfa

En 1942, dans _L’Assassin habite au 21,_le premier long métrage de Clouzot, elle reprend son personnage de Mila Malou reine des gaffeuses et forte en gueule, et connait un formidable succès. 

La fortune croît, et en 1947, elle remporte un véritable triomphe en interprétant le rôle de la chanteuse de music-hall dans Quai des orfèvres de Clouzot, où elle passe du rire aux larmes, du drame à la comédie avec une aisance de reine. C’est à l’évidence leur chef d’œuvre commun. Elle n’a jamais mieux fait à l’écran. 

Par la suite, elle tourne dans l’unique film de Jeanson Lady Paname, qui connait un échec cuisant ; et aussi eh oui, avec Laurel et Hardy, dans leur dernier film en duo Atoll K de Léo Joannon. Mais à partir des années 60, elle disparait peu à peu des écrans, à l’exception des Aventures de Rabbi Jacob, où elle joue avec sa capeline au vent l’épouse de De Funès.

Une grande ombre brune subsiste au tableau. À la Libération, elle a été l’objet d’investigation et d’auditions des comités d’Épuration pour fait de Collaboration et de complaisance avec l’Occupant. Suzy Delair ne cachait pas à cette époque sa sympathie pour l’idéologie nazie et on rapporte même que lors de ce satané voyage à Berlin, en 1942, pour visiter les studios de la UFA, l’actrice fut très déçue de n’avoir pu rencontrer Joseph Goebbels. 

Curieusement, elle fut moins inquiétée qu’Arletty, coupable de collaboration horizontale, qui fut sanctionnée par trois ans d’interdiction d’exercer son métier. Suzy Delair, elle, ne prit que trois mois et reçut en prime en juillet 2006 la Légion d’honneur. Allez savoir ? 

Le 31 décembre, elle aura cent ans. Bon anniversaire. 

On dit qu’elle a mauvais caractère, voire qu’elle est même un peu méchante. J’en ai été témoin. Alors que j’étais directeur de casting dans les années 80, je l’ai rencontrée chez elle rue de Varenne à la demande de Margot Capelier. Elle fut si désagréable que je ne la vis plus. 

N’empêche quelle actrice, c’est ce qui compte !

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