Micheline Presle est, avec Danièle Darrieux et Michèle Morgan, la troisième grande dame du cinéma français. Après l’avoir fait pour ses consœurs, nous nous devions d’évoquer ses 80 années de carrière exceptionnelle.

La comédienne Micheline Presle chez elle en mai 2000
La comédienne Micheline Presle chez elle en mai 2000 © Getty / Jean-François Rault/Sygma

Mon premier souvenir de Micheline Presle n’est pas lié à l’un de ses grandes rôles dans les films marquants de sa carrière. Je l’ai rencontrée dans Les Saintes Chéries, sur un petit écran en noir et blanc. J’avais 10 ans, et comme je m’ennuyais dans mon enfance normande, je m’accrochais à l’ORTF et à ces Saintes Chéries. Cette série me semblait plus dynamique et originale que ce que je voyais à l’époque. Je la trouvais en mère farfelue, foldingue et sexy, absolument épatante. L’image contraire de ma mère. Très vite, j’ai découpé les articles la concernant dans notre Télé 7 jours familial, la seule revue à laquelle nous étions abonnés. Je les ai collées sur la couverture de mes cahiers à spirale avec une étiquette : VEDETTE PREFEREE.

Ensuite, je me suis plongé dans sa carrière avec mes petites investigations, mes petits moyens et mon jeune âge. Le cinéma d’Houlgate, ouvert seulement l’été, m’a permis de voir Micheline Presle sur grand écran. La chasse à l’homme, d’Edouard Molinaro fut le premier film avec elle que je vis au cinéma. Et c’est seulement avec l’adolescence et le traditionnel ciné-club du dimanche soir que j’ai pu découvrir ses classiques : Falbalas, de Jacques Becker, Boule de Suif, de Christian-Jaque, et Le Diable au corps de Claude Autant-Lara.

C’est là que j’ai compris que Micheline Presle était une des plus importantes actrices françaises de ce siècle, pas seulement pour son talent original, mais aussi pour son parcours admirable, sa constance à incarner de grandes figures de l’inconscient collectif, à assumer à elle seule les évolutions décisives de la condition féminine. Ce qui me frappe dans un film comme Paradis Perdu d’Abel Gance de 1940, film à tout point décisif dans sa carrière, c’est de constater à quel point son jeu est moderne. Sa performance ne ressemble en rien à la manière de jouer des comédiennes de cette époque.

D’une certaine façon, bien avant Jeanne Moreau dans Jules et Jim, Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme, Sophie Marceau dans La Boum, ou Béatrice Dalle dans 37°2 le matin, Micheline Presle a porté une liberté de jeu et un souffle nouveau chez les actrices.

Micheline est une actrice qui a, selon moi, le regard droit, qui a de l’humour, et qui sait se moquer des autres autant que d’elle-même.

Micheline Presle, après une carrière unique faite d’immenses succès inscrits dans des réalités sociales différentes et de traversées du désert affrontées avec dignité sans jamais verser dans la médiocrité, est une femme en mouvement.

Ce qui intéresse Micheline, c’est d’être toujours sur le qui-vive, d’être la première à découvrir un nouveau metteur en scène (Jacques Davila, Gérard Frot-Coutaz, Martin Provost notamment). Elle les sort de derrière les fauteuils des cinémas du quartier Latin qu’elle fréquente tous les jours à la séance de 14h depuis cinquante ans, et qu’elle arpente encore d’un pied alerte, avec une liberté d’esprit presque rebelle.

Micheline Presle a été la jeune première insolente du cinéma français, la femme fatale des années 40, la « Eve » populaire et déjantée des Saintes Chéries, la découvreuse du cinéma iconoclaste des années 70.

C’est une femme contemporaine et aventurière, que j’aime à appeler « La spectatrice de la séance de 14 heures ».

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