Aujourd’hui notre vedette de l’écran a passé sa vie derrière les écrans de cinéma. Mag Bodard, la première productrice de cinéma en France, nous a quitté le 28 février dernier à l’âge de 103 ans.

Catherine Deneuve et Mag Bodard lors de la Première de "Peau d'Âne"
Catherine Deneuve et Mag Bodard lors de la Première de "Peau d'Âne" © Getty / Stephane Cardinale - Corbis

Véritable pionnière, Mag Bodard a porté en elle une audace singulière. Elle était une productrice culottée qui a offert une existence à des films novateurs ou surprenants, que tous les autres refusaient. Elle fut la première à croire aux Parapluies de Cherbourg, et a eu le cran de produire Deux ou trois choses que je sais d’elle de Godard sur la base d’une unique feuille de scénario.   

Mag Bodard est née Marguerite Perato le 3 janvier 1916 à Turin. La jeune fille dont la famille est installée en France en 1922 suit ses études à Paris. Elle rencontre Lucien Bodard en 1937 et l’épouse l’année suivante. Quand la Seconde Guerre éclate, Lucien Bodard rejoint Londres tandis que Mag reste à Paris et accueille dans son appartement des prisonniers évadés. Le couple vit ensuite huit ans en Indochine où Lucien est devenu écrivain et reporter. 

Les premières ambitions de Mag la tournent vers le journalisme. Elle est ainsi correspondante du magazine Elle en Indochine. À son retour en France, elle succombe à Pierre Lazareff, patron de France Soir alors à son apogée. Elle lui demeure fidèle jusqu’à sa mort, même s’il reste marié à son épouse officielle Hélène Lazareff, créatrice du magazine Elle.  

À 45 ans, elle se lance dans le cinéma par goût de l’aventure. Le premier film qu’elle produit est La Gamberge de Norbert Carbonnaux en 1962. C’est une commande de Pathé qu’elle accepte pour le plaisir de travailler avec son amie Françoise Dorléac. Mais le film fait un four retentissant. Cet échec commercial et artistique marque alors son orgueil au fer rouge et dès lors, Mag Bodard est résolue à ne produire plus que des films qu’elle aura elle-même choisis, et dont la vocation artistique est assumée. 

Elle suit alors son instinct et choisit entre tous un jeune cinéaste dénommé Jacques Demy. Elle tombe sous le charme de son projet hors du commun : Les Parapluies de Cherbourg, une comédie musicale entièrement chantée. C’est avec ce film et la Palme d’or qu’il décroche en 1964 qu’elle trouve la reconnaissance du public et de la profession.  

À partir de là, Mag Bodard travaille avec les grands réalisateurs des années 1960 : Bresson, Godard, Varda, Resnais, Deville... Elle s’affirme comme une productrice emblématique de la Nouvelle Vague et la plupart de ses productions sont aujourd’hui considérées comme des chefs-d’œuvre de l’histoire de cinéma. 

Dans les années 1970, pour défendre un cinéma de qualité, Mag Bodard s’endette jusqu’à faire faillite: « Ce qui est important, c’est de faire un beau film. Entre la qualité et l’argent, j’ai toujours préféré qu’un film soit beau et corresponde à mon rêve ». 

Visionnaire, Mag Bodard se tourne alors vers la télévision qu’elle considère être l’avenir du cinéma. Avec son inséparable amie Nina Companeez, elle enrichit la création audiovisuelle de nombreux chefs-d’œuvre comme Les Dames de la côte qui révèle Fanny Ardant ou L’Allée du Roi superbe évocation de Madame de Maintenon avec Dominique Blanc. 

Mag Bodard était une créatrice de créateurs, comme le dit si justement Nina Companeez : « Il y a une chose qui est très enraciné en Mag Bodard, c’est le besoin d’aider les gens à devenir eux-mêmes ». 

Et pour reprendre les mots de la Présidente du CNC Frédérique Bredin : « Mag Bodard considérait son métier comme un don, celui d’avoir un regard et de permettre au talent de créer, tout en lui donnant confiance ». 

Évocation du livre de Philippe Martin : Mag Bodard portrait d’une productrice, aux éditions La Tour verte, 2013. 

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