S’il est bien une actrice qui mérite tous les honneurs, toutes les vénérations, c’est Danielle Darrieux, la plus belle et longue carrière : l’essence de l’actrice française.

L'actrice Danielle Darieux
L'actrice Danielle Darieux © Getty / Sunset Boulevard

Ah, ce que j’étais en colère lorsque j’ai découvert l’affiche du 70e festival de Cannes. Ne pas mettre une photo de Danielle Darrieux qui venait de fêter ses cent ans le 1er mai et lui préférer la silhouette de Claudia Cardinale retouchée, de ses formes non plus voluptueuses, fut pour moi comme une injure nationale.

S’il est bien une actrice qui mérite tous les honneurs, toutes les vénérations, toutes les célébrations, c’est Danielle Darrieux, la plus belle et longue carrière : l’essence de l’actrice française.

Sur les conseils d’une vedette du muet qui prenait des leçons de chant chez Madame Darrieux, mère professeure de musique, Danielle se présente aux essais du film Le Bal, tiré du roman de Irène Némirovsky, son culot juvénile défiant toute appréhension. Elle est choisie et, en 1931, la fillette de 13 ans et demi, curieuse et joyeuse, pénètre pour la première fois dans un studio de cinéma, pour n’en jamais ressortir.

Aussitôt remarquée pour sa beauté piquante et son air de fausse ingénue, Mayerling et Battement de cœur l’érigent en vedette.

Première rencontre déterminante : Henri Decoin, dont elle devient la muse et l’épouse.

Désormais elle est sur la voie royale du succès.

Actrice caméléon, elle traverse plus de 80 ans de cinéma et 105 films sans interruption. À l’aise, ô combien, dans la comédie : Occupe-toi d’Amélie, Le Plaisir ; que dans le drame : La Vérité sur Bébé Donge ; avec un détour vers les Etats-Unis et L’Affaire Cicéron de Mankiewicz.

Aussi de film en film, Danielle Darrieux n’est jamais la même, mais culmine toujours : Madame de… définissant assurément l’apogée de sa carrière.

Madame de…, avant que d’être Madame Dame, contient peut-être le secret de la personnalité de Danielle Darrieux : une apparente futilité, une prédilection pour les mystères de comédie dissimulant une espèce de tristesse, une profondeur mélancolique.

Selon Max Ophüls, Danielle Darrieux peut tout jouer :

Quelle sublime comédienne, regardez ce tendre mouvement de l’épaule et ce sourire qui ne sourit jamais mais qui pleure.

C’est Jean-Claude Brialy qui m’a permis de rencontrer Danielle Darrieux : il savait que je ne ferai pas tapisserie à son contact, et j’ai le souvenir précis d’un déjeuner assez long à la cantine du tournage des Liaisons Dangereuses, la version télé de Josée Dayan.

Je lui ai posé de multiples questions sur sa carrière et c’était pour elle un supplice de parler du passé. Elle m’a pourtant beaucoup parlé de Catherine Deneuve, qui a été à quatre reprises sa fille au cinéma, et je me souviens avoir enfin abordé la question du vieillissement chez les actrices et sa réponse :

Cher Dominique, le mauvais âge pour une actrice c’est entre 50 et 60 ans. Soyez proche de vos actrices à ce moment-là, qu’elles ne fassent pas de bêtises sur leur visage.

Et pour conclure, je dirai les mots de Catherine Deneuve à son sujet :

Je lui ai toujours trouvé une grâce infinie, une légèreté inquiète et cette voix de pleins et de déliés si particulière et qui lui a permis de chanter comme elle respire.

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