Dany Carrel, souvenez-vous, c’est cette jolie brune sensuelle à l’œil de velours coquin, à la bouche en cœur, au timbre singulier, au corps potelé à faire se damner tout un régiment...

L'actrice française Dany Carrel
L'actrice française Dany Carrel © AFP / Archives du 7eme Art / Photo12

Dany Carrel représente l’actrice type des années 50 et du début des années 60. Elle interprète les ingénues libertines ou les prostituées naïves mais toujours le cœur sur la main. Elle est l’incarnation même de la fille de prolo qui séduit les hommes plus âgés, en espérant qu’ils lui offriront le sac en simili croco qu’elle a aperçu à la vitrine du bazar de sa banlieue, et surtout en espérant qu’il prendra ses précautions, la pilule n’existant pas. 

Dans sa jeunesse déjà tout n’a pas été facile. Yvonne Suzanne Chazelles du Chaxel est née en Indochine en 1935. Ne connaissant pas la date exacte de sa naissance, car les papiers officiels ont été brûlés, elle adopte le 20 septembre. À la mort de son père lorsqu’elle a trois ans, elle est placée dans un orphelinat de Louveciennes par Juliette, la femme de celui-ci qu’elle croit être sa mère.  À l’âge de 15 ans, elle perce le secret familial : Juliette n’est pas sa véritable mère, celle-ci vit au Vietnam. Yvonne et sa sœur cadette sont annamites. 

Jeune femme, elle concilie ses études de secrétariat avec sa vocation artistique, suivant en parallèle les cours d’art dramatique de Madame Bauer-Thérond, là même où a débuté Françoise Arnould, la grande star de l’époque.  

C’est dans ce cours qu’elle est remarquée par l’assistant de Henri Decoin  qui cherche de jeunes premières pour Dortoir des grandes. Elle y débute face à Jean Marais et c’est Decoin qui lui trouve son nom d’actrice : Dany Carrel et un certain tempérament. 

Puis, des films de peu d’ambition se succèdent, avec des titres très évocateurs comme La Cage aux souris ou La Môme Pigalle, jusqu’à sa rencontre avec René Clair. Il la prend sous son aile et lui donne le rôle de Rosemousse dans Les Grandes Manœuvres, aux côtés de Gérard Philippe. 

« Dany, il faut faire attention, il faut savoir refuser des films pour faire une carrière ! ». « Sans doute, Maître (René Clair tenait à cette marque de respect), mais le cinéma c’est mon gagne-pain ! ». Le Maître est tellement satisfait de la prestation de sa jeune actrice qui lui confie le rôle principal féminin de Porte des Lilas, unique film interprété par un Georges Brassens peu doué et très dubitatif sur le métier d’acteur. 

Ce film lui permet de gagner ses galons de vedette, et les tournages se suivent, avec quelques belles rencontres comme Pot-Bouille de Duvivier avec Danielle Darrieux et Gérard Philippe, ouDes Gens sans importance de Henri Verneuil avec Jean Gabin. 

En 1964, Clouzot la choisit pour interpréter Marylou dansL’Enfer, aux côtés de Serge Reggiani et Romy Schneider. Dany devient l’incarnation sensuelle du désir bon enfant. Après trois semaines de prise de vue, le tournage est interrompu définitivement. Reggiani, qui a des rapports tendus avec Clouzot, déclare forfait. Puis, lors de la scène du baiser entre Romy et Dany, les deux actrices sont prises de fous rires et n’arrivent pas à la jouer, ce qui déclenche la fureur de Clouzot qui fait un infarctus sur le plateau. Le film ne sera jamais terminé. 

Malgré une série de beaux rôles dans des films populaires où s’expriment sa gouaille audiardesques et son abattage impertinent, comme Le Pacha, Un idiot à Paris, Clérambard, Dany n’est jamais devenue une star. Mais elle a été une tête d’affiche au théâtre avec L’Idiote de Marcel Achard, et bien sûr à la télévision, où elle a incarné des personnages plus profonds. 

Dany était davantage qu’un joli petit minois. Dommage que beaucoup de réalisateurs soient passés à côté. 

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