Michèle Morgan, c’est l’équivalent européen des grandes stars hollywoodiennes. Un visage illuminé par un regard bleu azur, une réelle grâce dans les attitudes, des gestes presque félins, une classe toute parisienne qui caractérisent le mythe qui l’entoure.

Michèle Morgan dans "La minute de vérité" de Jean Delannoy
Michèle Morgan dans "La minute de vérité" de Jean Delannoy © Getty / Sammlung Richter

De son vrai nom Simone Roussel, Michèle Morgan est née à Neuilly sur Seine le 29 février 1920, ce qui l’oblige à fêter son anniversaire tous les quatre ans. Très vite, elle affirme sa volonté de se lancer dans le cinéma, forte d’un second prix de comédie de photogénie reçu à Dieppe en 1934. Ses yeux donnent déjà une impression incomparable, un choc, un frisson. À Paris, elle suit le cours Simon et change son nom de naissance pour un pseudonyme. 

Elle débute au cinéma grâce à un petit rôle de figuration dans Mademoiselle Mozart aux côtés de Danielle Darrieux, qui en 1936 est déjà une grande vedette. En 1937, elle obtient le premier rôle féminin dans Gribouille qui la révèle au public. Elle a pour partenaire Raimu, immense acteur, le meilleur de son temps, qui « en plus avait du cœur » dira-t-elle. Elle tourne jusqu’à la guerre des films dans la plus pure ligne du réalisme poétique, dont Le Quai des brumes est l’apogée. 

Marcel Carné fait de Michèle Morgan et de son partenaire Jean Gabin l’un des couples mythiques du cinéma mondial. Le film est couvert de récompenses internationales, dont en France le prix Louis-Delluc en 1938. 

T’as d’beaux yeux, tu sais

La réplique de Gabin est devenue aussi culte que Morgan reste inoubliable avec son imperméable et son petit béret. Elle confie d’ailleurs : « C’est un nouveau cinéma, une sorte de Nouvelle Vague de l’époque. On avait l’habitude de voir des petites femmes frisées avec des petits bibis ». 

Le couple Jean Gabin/Michèle Morgan touche toute une génération

Suivront les films Le Récif de corail et Remorques

Le Quai des brumes, grâce à son succès aux États-Unis, ouvre à Michèle Morgan les portes des studios américains. Elle quitte la France et signe avec RKO. Malheureusement, elle ne tourne là-bas que des films moyens : le très décevant Amour et Swing avec Franck Sinatra, ou encore Passage pour Marseille avec Humphrey Bogart, film sur la Résistance sorti en 1944. 

Déçue par sa carrière américaine, elle revient en France avec son petit garçon Mike, qu’elle a eu avec le producteur Bill Marshall. Il épousera Micheline Presle quelques temps après et lui donnera une fille Tonie. Décidemment, il aimait La Française !

Michèle Morgan fait son grand retour dans le cinéma français avec La Symphonie pastorale de Jean Delannoy. C’est le premier de ses six films avec Delannoy et un triomphe qui lui vaut le prix de la meilleure interprétation féminine au festival de Cannes 1946, le premier de l’après-guerre. Redevenue avec ce film l’actrice française numéro 1, elle se voit décerner à sept reprises la victoire de la Meilleure actrice, équivalent des César dans les années 50-60. 

Mon film favori de Michèle Morgan, c’est indéniablement le singulier Les Orgueilleux d’Yves Allégret

Michèle Morgan a alors 30 ans. Avec ce film, elle choisit de briser son image d’actrice froide et épinglée et de se démarquer de ses rôles de bourgeoise respectable. Elle y est plus sensuelle que jamais. Surtout dans la séquence où elle se promène avec un ventilateur électrique sur son corps dénudé et baigné de sueur face à un Gérard Philippe halluciné. 

Michèle Morgan a su imposer l’image de la femme moderne et est devenue une incarnation du cinéma français. Première star contemporaine, elle a ouvert la voie à Brigitte Bardot, Catherine Deneuve ou encore Isabelle Adjani. 

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