Il a fallu la cérémonie des obsèques d’Agnès Varda au cimetière Montparnasse pour revoir le beau visage de Corinne Marchand. Qu’était-elle devenue ?

L'actrice Corinne Marchand, le 13 décembre 1962
L'actrice Corinne Marchand, le 13 décembre 1962 © Maxppp / Keystone Pictures USA/ZUMAPRESS.com

Elle qui reste à jamais Cléo arpentant les rues de Paris, passant d’un trottoir à l’autre avec un rien de crispation, frémissante d’angoisse, palpitante d’émotion. 

Elle incarne avec sincérité et vérité la lumineuse dame blonde du second film d’Agnès Varda, Cléo de 5 à 7, tourné sans moyens et sans distributeur. 

Malheureusement, Corinne Marchand ne retrouve plus par la suite un rôle aussi dense que celui de cette femme qui étreint le présent immédiat avec la peur de son futur proche : le verdict du médecin.  

De son vrai prénom Denise Marchand, elle développe très tôt des dons pour le dessin et souhaite rapidement intégrer une école de graphisme. Mais ses parents aux revenus modestes ne peuvent lui offrir la formation dont elle rêve. 

Élève du cours d’art dramatique de Robert Vidal, elle y travaille les rôles de tragédie avant de débuter sa carrière artistique comme « commère » de revue dans des cabarets parisiens. Elle apprend alors à chanter, danser et surtout à vaincre sa timidité. 

En 1954, André Hunebelle lui offre des débuts modestes à l’écran dans Cadet Rousselle, puis l’engage de nouveau dans Arrêtez le massacre, qui enthousiasme le critique Michel Aubriant: « Mais je conseillerais volontiers aux producteurs de jeter un coup d’œil sur cette farce des familles, ils y découvriraient une jeune personne du nom de Corinne Marchand, beauté succulente, taillée sur le patron de Sophia Loren et de Jayne Mansfield, et promise peut-être à la carrière ébouriffante de ses illustres modèles ». 

Après le battage médiatique de Cléo de 5 à 7, qui fait d’elle une vedette, Corinne refuse un contrat mirobolant de sept ans que lui propose Carlo Ponti, le mari de Sophia Loren aux États-Unis : « Je n’avais pas l’âme d’une aventurière et j’étais très amoureuse de mon mari ». 

Corinne Marchand reste souvent cantonnée à des rôles de femmes élégantes et sophistiquées, comme dans Les Sultans de Jean Delannoy. Elle y joue aux côtés de Gina Lollobrigida qui lui en fait voir de toutes les couleurs, car elle ne supporte pas la beauté de sa peau qui prend si bien la lumière.  

Corinne Marchand traverse avec talent les univers de nombreux metteurs en scène prestigieux : Juan Antonio Bardem en Espagne, Marco Ferreri en Italie et George Cukor à Hollywood. 

À partir de 1970, elle affirme se contenter de seconds rôles dirigés par des metteurs en scène de premier plan : Jean-Jacques Annaud, Claude Lelouch, Patrice Leconte… 

Et c’est bien sûr au théâtre, la quarantaine épanouie, qu’elle nourrit sa carrière, enchaînant pièce après pièce. Sur les planches, elle joue notamment dans Harold et Maud aux côtés de Denise Grey et dans une reprise des Parapluies de Cherbourg au Théâtre Montparnasse mise en scène par Raymond Gérôme. 

Corinne Marchand est également présente à la télévision avec la série très populaire Une autre vie de Louis Grospierre en 1971. Elle y incarne une veuve qui reconstruit sa vie malgré les embûches et parvient à devenir avocate. 

Jacques Prévert disait de Corinne Marchand qu’elle était surprenante car singulièrement simple et tout naturellement vivante et vraie. C’est peut-être ses qualités de normalité qui n’ont pas suscité un plus grand désir chez les cinéastes et, comme elle le dit elle-même, ne lui ont pas permis de faire « une grande carrière ».   

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