Jeune première des années 40, Madeleine Robinson s’est imposée comme l’une des premières femmes de tête du cinéma français, et surtout comme une immense comédienne de théâtre. Elle est l’héroïne inoubliable de Lumière d’été et d’Une si jolie plage.

Née Madeleine Svoboda le 5 novembre 1917, elle est la fille d’immigrés tchèques venus très jeunes en France. Les revenus de la famille sont modestes, et la jeune fille se voit contrainte de travailler très tôt. Elle est tour à tour ouvrière, vendeuse et domestique chez un artiste peintre. Mais Madeleine poursuit un rêve de théâtre qui se concrétise bientôt avec son inscription au cours Charles Dullin. Elle y a pour camarades Jean Marais et Jean-Louis Barrault. Elle joue alors des figurations intelligentes et des petits rôles dans des films de l’époque. 

C’est le réalisateur Marc Allégret qui la lance en lui offrant un second rôle dans son film Les Beaux jours avec Jean-Pierre Aumont. Dès l’année suivante, en 1936, elle incarne son premier rôle principal, celui de la mère de famille dans Le Mioche de Léonide Moguy. Elle enchaîne alors avec une série de films inégaux mais avec des partenaires célèbres, comme Jules Berry, Pierre Brasseur et Charles Vanel. 

Puis, le début des années 40 consacre l’âge d’or de sa carrière cinématographique. Elle y tourne deux de ses meilleurs films : Lumière d’été de Jean Grémillon et Douce de Claude Autant-Lara. C’est l’un des films phares de la période, et Madeleine Robinson crève l’écran dans son rôle d’institutrice ambitieuse. 

Après la guerre, Madeleine continue de travailler avec des réalisateurs renommés et des comédiens prestigieux. Yves Allégret la dirige face à Gérard Philipe dans Une si jolie plage, Henri Decoin face à Louis Jouvet dans Entre onze heures et minuit et Georges Lacombe dans le méconnu Leur dernière nuit avec Jean Gabin. 

Actrice de premier plan au cinéma, elle n’y est pourtant jamais devenue une star comme Danielle Darrieux ou Michèle Morgan. En revanche, elle se distingue au théâtre où elle se produit comme tête d’affiche : Un tramway nommé Désir, Les Parents terribles, Adorable Julia

Mais entre toutes, elle est particulièrement exceptionnelle dans Qui a peur de Virginia Woolf ? d’Edward Albee. Cette pièce violente et incisive connait un très grand succès qui ne laisse pas deviner la tension qui a prévalu à sa conception. Les répétitions se sont ainsi déroulées dans un climat conflictuel permanent ponctué de monstrueuses joutes verbales entre Madeleine et son partenaire Raymond Gérôme. Ils vont jusqu’au procès, non pas pour un motif de coups et blessures, mais presque... Madeleine Robinson en reste très meurtrie, en dépit de son Prix de la meilleure comédienne décerné par le Syndicat de la critique en 1965. 

J’ai eu la chance de la rencontrer alors que j’étais responsable du casting d’Une histoire simple. C’est moi qui ai soufflé son nom à Claude Sautet pour jouer la mère de Romy Schneider. Je suis alors devenu très proche de cette femme au caractère bien excessif. Admirateur sans limites, je l’ai entraînée dans beaucoup de films : J’ai épousé une ombre et Hors-la-loi de Robin Davis. Puis Bruno Nuytten lui a proposé de camper la mère d’Isabelle Adjani dans Camille Claudel

Puis, elle s’est retirée en Suisse pour cacher son chagrin après la disparition de sa fille morte du sida en 1993. En 2001, elle est enfin récompensée d’un Molière d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, qui plus est remis par sa grande amie Nathalie Baye. 

« J’ai fait du cinéma, j’étais comédienne tout simplement, je n’ai jamais été une star. Pour moi la star c’est la dame que l’on embrasse à la fin. Et moi, je n’ai jamais eu de jeune premier qui m’embrasse à la fin

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