Mais quel est donc ce secret que nous cachent nos actrices comiques préférées pour ne jamais faire leur âge ? Est-ce leur don de nous faire hurler de rire qui les protège des signes du temps ? Apprendre que Maria Pacôme, qui nous a quitté le 1er décembre, avait 95 ans me paraît invraisemblable...

Maria Pacôme, comédienne et dramaturge française (1923-2018)
Maria Pacôme, comédienne et dramaturge française (1923-2018) © AFP / François Guillot

Je la vois encore déterminée et pétulante dans La Maison du lac aux côtés de Jean Piat il y a dix ans…

La réponse, c’est certainement de jouer des succès pendant plus de mille représentations sans jamais perdre l’énergie ni l’envie de distraire, de mouiller sa chemise. Il est très difficile d’être une comédienne drôle. Il faut un tempérament très particulier, un caractère très fort. C’est dans cette discipline du théâtre de boulevard que Maria Pacôme trouve son bonheur et ses triomphes inaltérables

À la question que lui posait Gérard Vergez, son talentueux metteur en scène : « As-tu encore envie de faire du théâtre de boulevard ? » ; elle répondait : « Si le théâtre de boulevard signifie théâtre de divertissement et rien d’autre : c’est oui ! Si le théâtre de divertissement ne veut pas dire théâtre coupé totalement de la réalité : c’est oui ! ». 

Maria Pacôme est née le 18 juillet 1923. Elle monte son premier spectacle lors d’une colonie de vacances, s’inspirant d’une fable du Moyen Âge. C’est une révélation heureuse et le théâtre devient son ambition. Mais bientôt, l’Occupation glace ses rêves de comédie. Son père, militant communiste, est arrêté et déporté. Son frère Robert, qui combat dans la Résistance, est arrêté et fusillé. Cette suite d’épreuves terribles bouleverse l’existence de Maria. 

La dernière lettre de son frère engage son avenir : « Tâche de faire le métier que tu aimes ». Alors, pour respecter sa mémoire et comme une échappatoire, elle s’inscrit au cours Simon. Elle y rencontre Maurice Ronet, élève comédien, et c’est le coup de foudre. Ils vont s’aimer, se marier, faire des tournées théâtrales de sous-préfectures. Mais vivre avec un si beau jeune premier destiné à une grande carrière la laisse dans l’ombre. Elle se consacre à la peinture et à la céramique, mais le désir de jeu l’habite toujours. 

Après plusieurs années d’expériences théâtrales peu prestigieuses, elle décroche un rôle dramatique en 1956 dans La Reine et les Insurgés d’Ugo Betti, auprès d’Edwige Feuillère et de Maurice Pialat dans une figuration. 

Alors qu’elle est à Montréal où une affaire de cœur l’a entraînée, elle reçoit un appel de son agent qui lui demande de rentrer pour un rôle comique. Enfin ! Elle remporte alors un vrai succès dans Oscar, aux côtés de Pierre Mondy et de Jean-Paul Belmondo

La route vers le succès est libre. Maria Pacôme devient la Reine du boulevard et enchaîne les triomphes : Interdit au public et Le noir te va si bien mis en scène et joué par l’incroyable Jean Le Poulain. Elle joue Oscar de nouveau mais cette fois avec Louis de Funès, et participe à la création du chef d’œuvre de Jean Poiret : Joyeuses Pâques. En 1977, elle écrit sa première pièce de théâtre Apprends-moi Céline, couronnée d’un formidable succès critique et public. Maria Pacôme est évidemment l’une des figures très populaires d’Au théâtre ce soir de Pierre Sabbagh.

Elle marque le petit écran de ses interprétations désopilantes du Don d’Adèle de Barillet et Grédy et des Enfants d’Édouard de Marc-Gilbert Sauvajon. Le cinéma et la télévision ne l’oublient pas, nourrissant une carrière de seconds rôles entre ses débuts en 1959 dans Voulez-vous danser avec moi ? avec Brigitte Bardot et son dernier morceau de bravoure avec La Crise de Coline Serreau en 1992. En plus de cinquante ans de carrière, Maria a tourné dans une trentaine de films et plus encore de téléfilms. En 1977, dans Le Quotidien de Paris, Patrick de Rosbo disait d’elle : « Quel abattage cette Pacôme, un vautour au cœur fragile, il y a Buster Keaton en elle ». 

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