Des cheveux décoiffés, des tenues minimalistes, une moue boudeuse, une nature sauvage et insoumise, telle apparaît Maria Schneider dans "Le Dernier Tango à Paris" en 1972 ...

Maria Schneider
Maria Schneider © Getty / Jack Mitchell

On aurait pu emprunter les mêmes mots, les mêmes adjectifs pour décrire l’apparition de Brigitte Bardot en 1956 dans Et Dieu créa la femme. Aucune parenté physique entre ces deux insolentes, briseuses du bien-pensant mais une reconnaissance de peau, une affinité presque animale.  

À vingt ans d’intervalle et dans la même fulgurance, Bardot et Schneider ont conquis le monde du sex-appeal. En un seul film, Le Dernier Tango à Paris, Maria Schneider est devenue cet obscur objet du désir… comme le titre du film de Luis Bunuel qu’elle ne fera pourtant pas, renvoyée par le producteur Serge Silberman pour consommation de drogue dure. 

En effet, Maria Schneider est un objet de fantasme, mais plus encore un objet de scandale, un tsunami planétaire… Le film déchaîne toutes les passions, il est interdit en Russie, en Espagne et dans toutes les dictatures. L’Amérique et les démocraties l’autorisent du bout des doigts…

En quelques semaines, Maria devient célèbre dans le monde entier. Elle a 20 ans, et dans ce tango il y trop de tout, trop de désir, trop d’agressivité, trop de caresses, trop d’insultes. Elle devient l’incarnation d’une sorcière lubrique. Elle n’est plus une femme fatale mais une agression sexuelle qui heurte les spectateurs.  

Il faudra attendre 2011, l’année de son décès, pour que le metteur en scène Bertolucci lui fasse des excuses timorées au sujet de cette fichue scène du beurre qui simule une sodomie. Il n’exprimera jamais de regrets, car il voulait que le personnage de Jeanne ressente de la rage et de l’humiliation. Il voulait obtenir sa réaction en tant que femme et non en tant qu’actrice. 

Maria vit cela comme un viol et n’a jamais pardonné au maître italien. S’ensuit une descente aux enfers entre cocaïne, héroïne et dégoût de soi… Elle s’enlise progressivement dans une grande précarité psychologique et sociale. 

Néanmoins, elle compte à son actif une trentaine de films dont le merveilleux Profession : reporter d’Antonioni, dans lequel elle joue aux côtés de Jack Nicholson. Auprès de ces deux hommes, elle trouve l’un de ses meilleurs rôles et un respect enfin réciproque. 

Bien sûr, sa filmographie est marquée par le film La Dérobade de Daniel Duval, pour lequel elle est nommée au César du meilleur second rôle féminin en 1979. 

Dans les années 1980, elle privilégie la télévision, faute de rôles au cinéma. Mais elle s’enfonce petit à petit dans une période noire, fauchée, se faisant même aider par La Roue tourne, association d’aide aux artistes nécessiteux. Soutenue par son amoureuse exemplaire, Maria Pia, et par la comédienne Andréa Ferréol, Maria Schneider meurt d’un cancer à 58 ans. 

Début février 2011, ses obsèques ont lieu à l’église Saint-Roch, et la profession lui rend un vibrant hommage. Alain Delon lit avec une sincère émotion une magnifique lettre de Brigitte Bardot : « Sous ces images, se cachait un petit cœur, perdu, sans port d’attache, et livré à tous les excès pour combler les vides d’une gloire qui l’abandonnait ». 

Vous retrouverez son déchirant destin dans Tu t’appelais Maria Schneider, le livre poignant, sincère et très bien écrit de sa cousine Vanessa, grand reporter au Monde. À lire d’urgence, c’est le plus bel hommage rendu à cette actrice tourmentée. 

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