Mon affection pour les vedettes du grand écran n’a d’égal que ma tendresse pour les femmes de la télévision, et surtout pour les speakerines...

En studio, face aux caméras, les speakerines Jacqueline Huet, Jacqueline Caurat, et Catherine Langeais, en tenue de soirée à côté de téléviseurs affichant "bonne année 1959"
En studio, face aux caméras, les speakerines Jacqueline Huet, Jacqueline Caurat, et Catherine Langeais, en tenue de soirée à côté de téléviseurs affichant "bonne année 1959" © AFP / Albert Courand

Ces amies de la petite lucarne faisaient patienter les téléspectateurs en décrivant les émissions à venir ou rassuraient lors des problèmes techniques, un peu paniquées quand même, avec ce leitmotiv : « Et dans quelques instants, la suite de notre programme ».  

Ce soir, l’invitée de Vedette du petit écran est la plus cinématographique des speakerines : Jacqueline Huet. Dans son ouvrage La Saga des speakerines, Olivier Minne décrit le glamour de celle qui fut la plus hollywoodienne des présentatrices françaises. 

Née le 20 octobre 1929 de père inconnu, Jacqueline Huet développe très tôt une relation fusionnelle avec sa mère et un goût prononcé pour le jeu. 

À 16 ans, Jacqueline s’inscrit au Conservatoire. Son charisme et sa beauté font mouche et, avant même d’avoir passé son concours de fin d’année, elle tient de petits rôles au cinéma dans Dix de der et Mission à Tanger. Puis, elle étrenne les planches avec Oscar, aux côtés de Jean-Paul Belmondo, dans cette pièce qui fut le plus grand succès du théâtre parisien des années 50. 

À défaut du 7ème art, Jacqueline Huet brillera sous les projecteurs des studios de télévision et deviendra une star, non pas du grand écran, mais de la petite lucarne. Le 13 mai 1958, elle fait sa première annonce, et devient speakerine de l’ORTF. Comme ses consœurs, elle est propulsée au cœur de milliers de foyers français et devient immédiatement populaire. 

Elle est la plus sensuelle des speakerines. Sa blondeur éclatante et ses yeux vert amande font d’elle une femme fatale à la Hitchcock. Sa grande beauté enflamme les téléspectateurs, masculins principalement. Jacqueline Huet s’attire donc une foule de prétendants et la jalousie des épouses, qui lui envoient leurs foudres par des missives incendiaires : « Le corsage que vous portiez hier soir était indécent. Je vous prie de garder désormais vos appas pour votre mari ! ». La patronne des speakerines, Catherine Langeais, dit même d’elle à sa mort : « Elle a beaucoup souffert d’avoir été trop belle ». 

Jacqueline Huet est un oiseau de nuit. Les petits matins lui sont difficiles et elle commet ainsi beaucoup de bourdes. Un dimanche, alors qu’elle doit annoncer la messe, elle dit : « Et voici la messe, suivie par cinquante millions de crétins… euh de Chrétiens ! ». 

Le petit écran n’assouvit cependant pas ses aspirations pour le 7ème art. Elle fait une courte apparition dans un rôle de speakerine dans le Déjeuner sur l’herbe de Jean Renoir. 

Mais à partir de 1975, sa vie n’est qu’une longue descente aux enfers. Elle est remerciée de son métier de speakerine lors de l’éclatement de l’ORTF. Jacqueline essaie alors de renouer avec sa carrière artistique, participe à des émissions de variétés, fait un peu de publicité et se lance dans la chanson. Sa jolie voix lui vaut le prix Charles Cros et quelques agréables rengaines signées Marcel Mouloudji. Mais en vain. Elle ne supporte pas cette existence loin des caméras. 

Dans la nuit du 7 octobre 1986, elle est retrouvée inerte dans sa baignoire, pudiquement vêtue d’un maillot de bain, après avoir avalé des barbituriques. La flamboyante Jacqueline Huet s’est éteinte, victime de la nuit des projecteurs et d’une gloire déchue. 

Se souvenir d’elle et se souvenir des speakerines, c’est faire revivre une madeleine à la fois nostalgique et glamour. Le 25 décembre, sur France 5 à 20h50, vous pourrez retrouver Jacqueline Huet et ses consœurs dans le documentaire de Benoit Gautier : Bonsoir Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs. 

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