Il y a deux ans, le 25 juin 2016, disparaissait Nicole Courcel. C’est à cette actrice lumineuse, véritable incarnation de la jeunesse française d’après la Libération, que je rends hommage dans les Vedettes de l’écran.

C’est Jacques Becker qui la découvre et la fait débuter dans son film Antoine et Antoinette en 1946.  

C’est alors le point de départ d’une carrière fructueuse où alternent avec bonheur et succès une quarantaine de films, de nombreuses créations théâtrales et une série de dramatiques, comme on disait au temps de l’ORTF. 

Nicole Andrieu naît en 1931 à Saint-Cloud, une banlieue chic de Paris, où ses parents vivent au numéro 45 de la rue de Courcelles. C’est le nom de cette rue d’enfance qui lui donnera plus tard l’idée de son pseudonyme. Dès la fin de sa scolarité, elle suit les classes du prestigieux cours Simon. Ses premières apparitions à l’écran restent très modestes, à la limite de la figuration intelligente. Elle joue ainsi dans Les Amoureux sont seuls au monde de Henri Decoin et Aux Yeux du souvenir de Jean Delannoy, avec Michèle Morgan et Jean Marais, dans lequel elle incarne une jeune élève du cours Simon. 

Jacques Becker la choisit de nouveau parmi de nombreuses candidates pour incarner le personnage principal de Rendez-vous de juillet. « Je l’ai choisie, dira-t-il, à cause de son physique d’ange et de son air de garce ». Pour évoquer la jeunesse bohême de Saint-Germain-des-Prés qui tente de réaliser ses rêves, Becker fait appel à des débutants comme Daniel Gélin ou Maurice Ronet, jeunes acteurs dont la carrière décolle avec fulgurance. Le film est un succès et la gracieuse Nicole est très remarquée dans le rôle de l’ambitieuse Christine. 

Nicole Courcel a ensuite le privilège de tourner dans La Marie du port de Marcel Carné, en remplacement d’Anouk Aimée qui était le premier choix du réalisateur. Elle y manipule le mythique Jean Gabin avec conviction et sensualité. Ce rôle lui vaut l’éloge de la critique et la sacre Espoir cinéma de l’année 1950. 

Les années cinquante sont ses années de gloire. Elle tourne des films commerciaux réussis comme Le cas du Docteur Laurent avec Jean Gabin ; et Papa, maman, la bonne et moi avec Robert Lamoureux, le Franck Dubosc de l’époque, comédie qui fait exploser le box-office et qui nécessite une suite. Elle joue aussi avec le maître Sacha Guitry dans Si Versailles m’était conté et le poète Jean Cocteau dans Le Testament d’Orphée

Elle inaugure une longue parenthèse théâtrale avec le rôle d’Abigail dans Les Sorcières de Salem mise en scène par Raymond Rouleau, avec Yves Montand et Simone Signoret. Sa composition est saluée par la critique et lui vaut même la couverture de Match, mais c’est Mylène Demongeot qui reprend son rôle pour la version filmique de l’œuvre en 1957. 

Les années 60 surviennent, la Nouvelle Vague l’ignore et les rôles se raréfient. Elle apparaît pourtant dans deux bons films : Le Passage du Rhin avec Aznavour récompensé par le Lion d’or à Venise en 1960 ; et Les Dimanches de Ville d’Avray de Serge Bourguignon, qui remporte l’Oscar du meilleur film étranger en 1962. 

La fin des années 60 est une éclipse loin des écrans, puisqu’elle se consacre au théâtre avec Françoise Sagan et Arnold Wesker. En 1972, elle fait un retour surprenant au cinéma avec L’Aventure c’est l’aventure de Claude Lelouch, aux côtés de Lino Ventura et Jacques Brel. 

En 1980, elle publie un recueil de confidences intitulé Julie Tempête à l’intention de sa fille Julie Andrieu qu’elle a élevée seule.  

Nicole Courcel c’était le contraire de la sophistication. Nicole Courcel c’était une efficacité et une justesse de jeu inoubliables. C’était une belle femme de tête, une grande comédienne. 

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