Ce soir, notre vedette de l’écran est Kristin Scott Thomas, dame commander de l’ordre de l’Empire britannique.

Kristin Scott Thomas
Kristin Scott Thomas © Reuters / Fred Thornhill

24 janvier 2016.

Décor : Ministère de la Culture, rue de Valois.

J’assiste à une manifestation solennelle de l’Entente cordiale entre la France et la Grande-Bretagne. La remise de la Légion d’honneur à Kristin Scott Thomas au grade d’officier. Déjà !

Après le discours élogieux d’Audrey Azoulay, alors ministre, notre vedette ‘mi Manche’, comme elle se définit avec humour, enchaine : « La France a été pour moi un pays où le rêve auparavant inespéré de devenir comédienne s’est accompli… Pourtant il y a toujours une part en moi qui reste attachée à l’Angleterre. Mais la France finit toujours par me manquer et vous imaginez la cruauté d’amener mes enfants habiter dans un pays qui interdit le camembert ! ».

À l’écoute de ces mots, le film de notre rencontre défile en flash back.

Élève au Centre de la Blanche, Kristin a déjà quelques pièces à son actif, lorsque Marcel Bozonnet, son prof et metteur en scène, nous la recommande à Margot Capelier, papesse et inventrice du casting en France, et à moi-même.

Lors de cette première rencontre, je suis alors impressionné par la qualité artistique de ses photos, inhabituelle pour les jeunes comédiens fauchés de cette époque. Des poses hollywoodiennes la révélant en femme fatale à la manière de Lauren Bacall, alors que j’ai en face de moi une jeune fille timide, coincée, pour ne pas dire revêche. Son regard bleu persan témoigne d’un malaise palpable.

Je disais à l’époque pour montrer mon intérêt : « Elle a quelque chose », et c’était vrai. Je l’envoie alors immédiatement voir Luc Bondy qui l’engage pour Terre Étrangère de Schnitzler au côté de Michel Piccoli et, tenez-vous bien, de Jean Reno, dans le petit rôle du concierge de l’hôtel. Deux débutants qui feront carrière à Hollywood.

Ah la vie !

Quelques années plus tard, je deviens son agent et c’est sous mon mandat (on dit ça) de cinq ans qu’elle tourne ses premiers films français : La Méridienne, Le Bal du gouverneur...

Mon anglais est tellement médiocre, je la confie à Elisabeth Tanner, alors jeune agent, dès que se dessine sa carrière internationale avec Quatre Mariages et un enterrement.

Extrait de Quatre Mariages et un enterrement.

Après Quatre Mariages et un enterrement, où à mon avis, elle vole la vedette à Andy MacDowell, elle acquiert une renommée internationale et la propulse au cœur des blockbusters américains : Mission Impossible et L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux de et avec Robert Redford en 1998.

Elle mêle ainsi le cinéma d’auteur de Contre toi de Lola Doillon au grand succès romanesque du Patient anglais, et excelle dans toutes sortes de compositions : châtelaine hautaine dans Gosford Park, aventurière cruelle dans Arsène Lupin, anthropologue sans scrupule dans Man to man de Régis Wargnier.

Au théâtre où elle se produit souvent, son jeu élégant teinté de sobriété lui vaut l’éloge du critique le plus sévère de Brodway: « Tchekov a dû souffler à l’oreille des producteurs de la choisir tant elle était faite pour ses pièces ».

Il y a deux ans, sur un coup de colère, elle a décidé qu’elle ne voulait plus tourner. Mais cette exaspération passagère a dû s’évanouir (elle peut être ronchon parfois), car on la retrouve en ce moment sur les écrans avec The Party de Sally Potter. Elle y étincelle une fois de plus en femme politique névrosée, à l’anglaise.

Habituée de Cannes, du jury comme des présentations, elle a sauvé du gouffre, lors de la cérémonie de clôture de 1999, Sophie Marceau qui se prenait les pieds dans son texte. Je ne l’oublierai jamais.

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