Quelques jours après le quarantième anniversaire de la disparition de Claude François, c’est en la compagnie de celle qui fut son égérie et sa bien-aimée que nous pensons à lui.

Anne Philippe
Anne Philippe © Getty / Giancarlo BOTTI

Fille de gens simples, Annie Philippe est née un 17 décembre à Ménilmontant. Peu tentée par les études, la blonde Annie se fait engager dès dix-sept ans comme disc-jockey au club Twenty One, une discothèque parisienne située rue de Balzac. C’est là qu’elle fait la connaissance de Paul Mauriat, célèbre chef d’orchestre à la mode. Son premier 45 tours Une Rose, adaptation de Love me tender d’Elvis Presley, sort en 1964. 

C’est l’année suivante qu’Annie connait son premier vrai succès avec Baby love, l’adaptation française du tubes des Supremes dont Diana Ross est la chanteuse leader. Mais son plus gros tube reste Ticket Quai en 1965 vendu à plus d’un million de tirages, suivi l’année d’après par de nombreux autres hits : J’ai tant de peine, Pas de taxi, C’est la mode.  

Prototype de la jeune Parisienne à la mode, elle est érigée rivale en chef de France Gall sur les ondes comme dans la vie. Annie Philippe fait de nombreuses apparitions à la télévision dans Âge tendre et tête de bois avec Albert Raisner et dans le Palmarès des chansons avec l’incontournable Guy Lux. Elle fait souvent la Une de la presse pour jeunes midinettes de l’époque, comme Mademoiselle âge tendre. Mais fausse ingénue, elle est aussi l’une des toutes premières chanteuses à avoir posé nue dans le magazine de charme Lui en 1967. 

En 1968, elle entre dans l’écurie des disques Flèche, qui est le label de Claude François. Mais excepté le titre de Laissez votre chapeau Monsieur Lee, le succès n’est plus au rendez-vous. À la fin des années 60, Annie Philippe disparaît des radars du show business pour se consacrer à sa vie amoureuse tumultueuse. 

Cette vie passionnée, elle me l’a racontée après un concert au Petit Journal en 2015, au milieu d’un public figé depuis les années 70. Tard dans la nuit, sous la pression de mes questions indiscrètes, elle s’est mise à me raconter sa vie, et ses alternances entre le plein soleil et l’éclipse. J’ai été touché par son destin et compris que j’avais en face de moi l’héroïne d’un vrai roman populaire dans la lignée d’Ambre de Kathleen Winsor, de Boule de suif de Maupassant et bien sûr d’Angélique Marquise des Anges

Sans calcul, elle use de sa beauté plastique et de sa gouaille naturelle pour se faire une place dans ce show-business encore artisanal. Bravant les mains baladeuses des hommes de pouvoir, affirmant son désir d’être estimée comme artiste, elle n’échappe pourtant pas au monde interlope de la nuit. Annie Philippe oscille entre les belles rencontres (Claude François, Jean Yanne, Laurent Fignon) et les mauvaises fréquentations (René Juillet, Yzi Spighel, et les frères Zemmour), ce qui lui vaut le surnom de la chanteuse du Milieu

N’empêche, Annie Philippe est une belle personne, pudique et sincère. Une Madame sans gêne qui aurait pu être la marquise des anges, c’est d’ailleurs le titre de son livre souvenir. 

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