Il y a toujours dans l’histoire des actrices la constante de l’emploi qui vient du théâtre classique et que l’on retrouve dans toutes les époques du cinéma : la jeune première, l’ingénue, la soubrette, le premier rôle, pourquoi pas la femme fatale…

L'actrice Gaby Morlay dans la pièce "Quadrille" de Sacha Guitry en décembre 1937.
L'actrice Gaby Morlay dans la pièce "Quadrille" de Sacha Guitry en décembre 1937. © Getty / Jean-Guillaume GOURSAT

Notre vedette de ce soir, Gaby Morlay, incarne à jamais la femme française moyenne, un modèle auquel toutes les françaises purent s’identifier pendant près de trente ans… 

Elle connaît son apogée mélodramatique en 1942 avec Le Voile bleu de Jean Stelli. Le destin de cette gouvernante de trois générations d’enfants fait pleurer toutes les larmes de la France occupée. Cet incroyable succès commercial de l’Occupation consacre alors Gaby Morlay comme un symbole, celui de la figure féminine emblématique d’un ordre moral qui exalte la maternité, le dévouement à la famille et l’esprit de sacrifice. 

Rien ne destine au théâtre celle qui s’appelait Blanche Fumoleau, sinon un tempérament, une nature qui, dès l’âge de 15 ans la pousse à quitter son foyer d’Angers pour aller tenter sa chance à Paris. Il lui faut en effet une certaine volonté, une fois guidée par le hasard d’une rencontre avec un directeur de théâtre, celui des Capucines. Cet Armand Berthez fait débuter notre petite Blanche sous le pseudonyme de Gaby de Morlaix. Elle qui n’a pas 16 ans chante dans une revue « Je suis le houx, qui s’y frotte s’y pique ». 

Elle goûte à la comédie chez Louis Verneuil et Yves Mirande, les grands auteurs des années 30, puis s’essaie à un tragique quotidien chez Henri Bernstein avec la pièce Mélo. Elle est portée aux nues pour son rôle de Manuche, jeune femme dépressive à laquelle elle s’identifie. En 1932, elle retrouve Manuche pour le film homonyme de Paul Czinner et l’incarne avec une intensité inédite. Sa main crispée sur un mouchoir, son hennissement nerveux trahissent un fond d’angoisse qui fait écrire à Françoise Giroud : « Si on regardait dans le cœur de Gaby Morlay, il me semble qu’on trouverait un nœud, un nœud secret qui lui fait affreusement mal ». 

Dix-huit ans avant le succès de Mélo, Gaby Morlay débutait dans le cinéma muet aux côtés de Max Linder. Dès son troisième film, La Sandale rouge en 1914, elle illustre cette longue habitude du cinéma français de faire des films avec le théâtre. Elle en devient la  plus constante figure et fait de Guitry, Jacques, Tourneur, L’Herbier ses metteurs en scène fétiches.  

En 50 ans de carrière, Gaby Morlay tourne plus de cent films. Mais comme Louis Jouvet et Elvire Popesco, elle n’est dans la perfection que sur scène, peut-être à cause de son physique de petit bout de femme et à sa photogénie loin des classiques de la beauté. 

Elle rayonne grâce à sa pétulance, sa fantaisie, ses gestes gracieux. Elle marque ses rôles de sa diction un peu précipitée et de son « rire pointu de petit chevreau » comme le dit Colette. 

Femme généreuse, elle devient présidente du syndicat national des acteurs en 1956. Femme de contradiction, elle refuse de tourner pour la Continentale allemande sous l’Occupation mais ne dément pas ses amitiés avec Serge Lifar et Sacha Guitry, inquiétés tous les deux à la Libération pour Collaboration. Elle est aussi la maîtresse de Max Bonnafous, secrétaire d’État à l’agriculture et au ravitaillement sous Vichy, qu’elle épouse après la guerre. 

En 1964, Gaby Morlay succombe à un long combat contre le cancer, juste après être montée sur les planches pour la dernière fois avec son grand succès Lorsque l’enfant paraît d’André Roussin. 

Pour terminer, j’emprunte ces mots à la grande auteure Colette : « Gaby Morlay, non elle n’est pas en acier, elle est en femme ». 

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