Le festival de Cannes 2019 sera empreint du charme mystérieux d’Anouk Aimée. L’actrice mythique revient sur la Croisette pour présenter Les plus belles années d’une vie, la suite d’Un homme et une femme plus de cinquante ans après...

Anouk Aimée dans "Un homme et une femme" de Claude Lelouch en 1966
Anouk Aimée dans "Un homme et une femme" de Claude Lelouch en 1966 © Getty / Collection John Springer / CORBIS

Ce film, qui reste le plus grand succès du cinéaste Claude Lelouch, a obtenu la Palme d’or en 1966 et lancé la carrière internationale d’Anouk. Grâce à lui, elle a été récompensée d’un Golden Globe et d’une nomination à l’Oscar.  

Ce pourrait être facile pour moi de parler d’Anouk Aimée dont j’ai été l’agent et à laquelle j’ai consacré un documentaire, La Beauté du geste. Eh bien, il n’en est rien. Anouk m’apparaît toujours comme l’incarnation d’un félin : à la fois présente et indépendante, trop désabusée pour sortir ses griffes, car elle craint l’abandon et désire être aimée.    

De son vrai nom Françoise Nicole Dreyfus, Anouk Aimée est la fille d’un couple de comédiens, Henry Murray (à la scène) et Geneviève Sorya. Lors de la débâcle de 1940, ses parents quittent Paris pour s’installer à Barbezieux en Charente. D’origine juive, la jeune Françoise est alors baptisée catholique pour échapper au port de l’étoile jaune. 

À la Libération, elle poursuit ses études, mais le destin s’en mêle et fait bientôt basculer son existence. En 1946, alors qu’elle se promène avec sa mère à Paris, elle est abordée par le cinéaste Henri Calef qui l’engage pour un petit rôle dans La Maison sous la mer.  

Puis, son premier grand rôle est une occasion manquée. Elle est dirigée par Marcel Carné dans La Fleur de l’âge en 1947, mais le film ne sera jamais achevé. Heureusement, Jacques Prévert lui offre une deuxième première chance avec Les Amants de Vérone, et lui donne son nom : Anouk Aimée. Le film fait d’elle une vedette.  

La suite est importante : Le Rideau cramoisi et Les mauvaises rencontres d’Astruc, Montparnasse 19 de Jacques Becker, La Tête contre les murs de Franju, imposent d’elle une image presque immatérielle, celle d’un amour idéal, fragile et abîmé.  

Mais La Dolce Vita de Fellini et Lola de Jacques Demy révèlent une Anouk Aimée différente. Elle y incarne aussi bien la sensualité blessée que la confiance aveugle dans le Destin.  

Les années qui suivent la mènent en Italie où elle rejoint Fellini pour jouer l’épouse névrosée de Mastroianni dans Huit et demi. Après Un soir, un train d’André Delvaux, sa carrière s’exporte aux États-Unis avec Sydney Lumet et George Cukor. Elle y retrouve également Jacques Demy pour Model shop, et renoue avec son personnage de Lola, cette fois vieillie et désabusée.  

Dans les années 80, ce sont finalement les cinéastes italiens qui lui offrent ses meilleurs rôles : Bertolucci et Bellocchio, grâce auquel elle obtient le prix de la meilleure actrice à Cannes pour Le Saut dans le vide.  

Si elle tourne le plus souvent avec ses réalisateurs de prédilection, Claude Lelouch et Elie Chouraqui, il faut néanmoins noter son émouvante échappée dans _La Petite Prairie aux bouleaux d_e Marceline Loridan en 2003, où elle incarne une femme qui revient au camp de concentration de Birkenau cinquante ans plus tard.  

Et pour clore cette évocation, j’emprunte ces mots à Fellini : « C’est une star, tout simplement parce qu’elle est d’une grande photogénie, d’une grande suggestion. Elle appartient au grand masque du cinéma avec ce visage qui a la même sensualité intrigante que celle de Garbo, Dietrich ou Crawford, ces grandes reines mystérieuses, ces prêtresses de la féminité. Anouk Aimée représente ce type de femme qui vous trouble à en mourir ». 

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