« Je sais par expérience que, à part un ou deux rôles marquants, le public ne retient presque rien d’une carrière d’actrice, hormis l’image d’une beauté qui se ternit au fil des ans » affirme Marina Vlady dans ses mémoires 24 images/seconde...

 Portrait de l'actrice et écrivaine française Marina Vlady (août 1959)
Portrait de l'actrice et écrivaine française Marina Vlady (août 1959) © Getty / Mondadori Portfolio

Je pense que le jour où elle a écrit ces mots soit elle avait le cafard, soit c’était un excès de modestie. Car, quelle belle carrière que celle de Marina Vlady : quatre-vingt films, une vingtaine de pièces de théâtre et un prix d’interprétation à Cannes en 1963. 

Catherine Marina de Poliakoff voit le jour un 10 mai à Clichy. Elle s’épanouit au cœur d’une famille russe très aimante et unie. Son père est chanteur d’opéra et sa mère est une célèbre danseuse étoile des ballets russes à Paris. Entrainée par sa sœur Odile Versois, Marina fait ses premiers pas devant la caméra à l’âge de onze ans, jouant avec elle dans Orage d’été de Jean Gehret. 

Très jeune, elle est happée par le cinéma italien et tourne sept films en moins de trois ans. À quinze ans, elle revient en France et tourne son véritable premier film, Avant le déluge d’André Cayatte, qui obtient un succès phénoménal et lui vaut le prix Suzanne Bianchetti. 

De son emploi de fillette puis d’adolescente, elle bascule dans la mauvaise vie sous la direction de Robert Hossein son mari à la ville. Tour à tour, il lui fait jouer trois personnages de garce calculatrice, de sauvageonne sensuelle et de diablesse maléfique, comme le dit Henry-Jean Servat dans Les Vénus de Mélo. Cette grande histoire d’amour se termine en rupture médiatique. 

Puis, la chance s’en mêle et Marina Vlady rencontre rue Marbeuf Jean Delannoy qui désespère de trouver sa Princesse de Clèves. « Mais c’est vous ! » Il lui propose aussitôt le rôle-titre. Sa beauté distante fait merveille, et son caractère brûlant sous une froideur de marbre donne une Princesse de Clèves d’anthologie.  

Avec Adorable Menteuse de Michel Deville, Marina se détache de son image de ravissante comédienne un peu figée dans sa beauté. Le rôle la transfigure, elle pétille de vie, de charme, et d’humour. La critique est unanime. 

Puis, elle rencontre la Nouvelle Vague avec Godard dans Deux ou trois choses que je sais d’elle. C’est un tournage épique, Godard la fait beaucoup souffrir, refusant même de lui parler sur le plateau. Pourquoi ce climat anxiogène ? Parce qu’elle a refusé de l’épouser. Enfin, c’est pas sa première demande en mariage... N’empêche, elle est attachée à ce film. 

Elle enchaine avec Le Lit conjugal de Marco Ferreri, pour lequel elle obtient le prix d’interprétation au festival de Cannes en 1963. Elle connait la grande période du cinéma italien, tourne deux fois avec Tognazzi et Sordi, et à trois reprises avec Mastroianni. 

Sa carrière oscille ensuite entre des productions commerciales de qualité (Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil de Jean Yanne, Que la fête commence de Bertrand Tavernier) et des films d’auteurs : Le temps de vivre de Bernard Paul, Splendor d’Ettore Scola. 

On ne peut évoquer Marina sans parler de l’âme russe et de son théâtre. Avec deux de ses sœurs, Hélène Vallier et Odile Versois, elle parvient en 1966 à concrétiser un grand projet : jouer au théâtre Les Trois Sœurs de Tchekhov. Ah ! que j’aurais aimé voir cela. 

Désormais, Marina Vlady attend un beau rôle au théâtre, après avoir écrit plus de dix livres. Elle y confie : « J’ai eu quatre maris, beaucoup d’amants et trois fils. J’ai vécu à côté d’eux, et donc quand j’écris c’est pour eux, parce qu’ils sont près de moi, avec moi ». 

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