Des yeux immenses dans un visage triangulaire, de longs cheveux sombres et bouclés, une voix haletante, un sourire enfantin, un corps filiforme… Pascale Ogier ressemblait à une adolescente fragile au moment émouvant où elle se transforme en femme. Elle disparaît la veille de ses vingt-six ans, le 25 octobre 1984...

L'actrice Pascale Ogier
L'actrice Pascale Ogier © AFP / Bertrand Rindoff Petroff

Elle demeure à jamais l’icône mélancolique d’une époque, des années 1980.

Fille de Bulle Ogier et du musicien Gilles Nicolas, Pascale Ogier est le fruit d’un amour de vacances. Elle a deux ans lorsque sa mère se sépare de son compagnon. 

Elle débute enfant en tirant un cerf-volant dans Paulina s’en va, le premier film d’André Téchiné. Rien de surprenant puisque sa mère incarne le rôle principal du film.  

Adolescente, elle joue et chante dans Perceval le Gallois d’Eric Rohmer, aux côtés de Fabrice Luchini. Rohmer, son voisin de palier et confident, l’a vue grandir et suivre les cours de littérature et de cinéma à l’université de Censier à Paris. 

Il est sans conteste le cinéaste qui la comprend le mieux. Il lui confie d’ailleurs l’écrasant rôle-titre de Catherine de Heilbronn du dramaturge Heinrich von Kleist. Pascale l’incarne en 1979 au théâtre des Amandiers de Nanterre entourée des rohmériens fidèles : Pascal Greggory et Arielle Dombasle.  

Elle transforme la victime de Kleist en une farouche et bouleversante fille fleur, incarnation même du drame romantique et de ses fantasmes. C’est là que je l’ai rencontrée, et j’ai été très touché par cette jeune actrice originale et singulière, en plein apprentissage. 

Pascale Ogier porte le costume à merveille comme on le constate dans La Dame aux camélias de Bolognini, aux côtés d’Isabelle Huppert. Somptueusement parée, elle semble sortie d’un tableau d’Ingres, comme disait l’historien de cinéma Bruno Villien. 

Mais Pascale Ogier sait aussi être mystérieusement moderne en blouson de cuir noir aux côtés de sa mère dans Le Pont du Nord de Rivette dont elle cosigne le scénario. Sa prestation lui vaut d’être reconnue comme espoir du cinéma aux États-Unis.  

L’année suivante, elle pose devant l’objectif de son compagnon Benjamin Baltimore, grand créateur d’affiches. Elle incarne une Marianne dénudée pour la revue Perspectives du cinéma français au festival de Cannes. 

Puis, c’est la grande aventure des Nuits de la pleine lune. Non seulement, Pascale en interprète le rôle principal mais elle compose aussi les décors faisant découvrir à Rohmer le milieu du design des années 1980. Avec lui, elle crée des intérieurs feutrés, tout un univers esthétique mais aussi musical.   

Consciente de sa responsabilité, Pascale mène son travail de comédienne avec un sérieux passionné, une concentration exemplaire. Sur grand écran, on assiste alors à une troublante et impérieuse métamorphose, comme seul le cinéma en produit.  

Le film fait près de 600 000 entrées et Pascale Ogier devient une actrice reconnue à la fois par la profession et le public. En septembre 1984 à la Mostra de Venise, elle obtient le prix d’interprétation féminine des mains du cinéaste qu’elle vénère le plus : Michelangelo Antonioni.  

Le 25 octobre 1984, deux mois après la sortie des Nuits de la pleine lune, elle succombe à une crise cardiaque après une soirée au Palace dont elle était la muse. 

Comédienne au destin brisé, Pascale Ogier s’est brûlé les ailes à vouloir à toute force agripper l’absolu. 

Référence à la rétrospective d’Eric Rohmer à la Cinémathèque du 9 janvier au 11 février 2019 et au livre écrit par Emeraude Nicolas aux éditions Filigrane. 

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