Alors que le festival de Cannes touche à sa fin, j’ai voulu me souvenir de France Roche. Un rien snob, un éternel sourire en coin, une voix flûtée de malice, une belle femme au physique inaltérable et à la mise toujours impeccable.

Pour le journal télévisé, France Roche interviewe Marcello Mastroianni sur le film "Une journée particulière" présenté au festival de Cannes
Pour le journal télévisé, France Roche interviewe Marcello Mastroianni sur le film "Une journée particulière" présenté au festival de Cannes © AFP / Claude James / Ina

France Roche interroge longtemps le tout cinéma en parfaite fausse candide. Elle est l’intervieweuse vedette des émissions de télévision Cinépanorama et Reflets de Cannes, qu’elle anime avec son complice et premier époux François Chalais. La singularité de ses entretiens en fait un modèle du genre et l’incarnation de la diva de la confidence

France Roche commence sa carrière dans la presse écrite. Dès 1944, elle écrit pour Libé-soir, Cinévie, Cinémonde et Marie-France, dont elle est un moment la rédactrice en chef. Elle est surtout la « Madame cinéma » de France-soir, le plus puissant journal français qui tire alors à plus d’un million d’exemplaires.  

C’est là qu’à ses débuts au journal, elle croise un jeune coursier, futur pigiste régulier des journaux parisiens. Il s’appelle Michel Audiard. Le flair de France Roche ne la trompe pas, et elle est l’une des premières à découvrir le talent de celui qui deviendra le plus grand dialoguiste français. Par la suite, elle travaillera quatre fois avec lui pour écrire les dialogues des rôles de femme où il ne se sentait pas à l’aise.  

Si la presse écrite donne à France Roche une assurance à nulle autre pareil, c’est la télévision en noir et blanc qui fait d’elle une journaliste vedette. Elle devient cette chroniqueuse acidulée aux formules coupantes que le public retrouve dans des dizaines d’émissions de l’ORTF des années 1960. Des Têtes d’affiches, des Reflets de Cannes où l’on apprend plus en un quart d’heure qu’en une heure aujourd’hui avec l’information en boucle. Elle est même la rédactrice en chef adjointe du célèbre journal télévisé Cinq colonnes à la Une entre 1969 et 1986. 

Toute sa vie durant, France Roche entretient une très grande proximité avec le cinéma français. Elle écrit des scénarios et des pièces de théâtre, et fait même souvent l’actrice : dans French Cancan de Jean Renoir et dans Amour de poche de Pierre Kast, dont elle fut la compagne. Dans les années 90, Pierre Lescure a la brillante idée de lui confier une émission sur le cinéma à l’intention des plus jeunes sur Canal Jimmy. 

Véritable touche-à-tout, elle n’hésite pas non plus à participer aux émissions Sexy folies en 1986 où elle parle ouvertement de sexe. Elle fait aussi de la radio. Devinez où ? Sur France Inter bien sûr, où elle est chroniqueuse dans l’émission Piment rose

Le 14 décembre 2013, elle a rejoint son époux, le grand producteur Gilbert de Goldschmidt, à l’âge de 92 ans. Comme dirait Jean-Jacques Bernard : 

À l’heure qu’il est, elle doit écrire quelque part, élégante, infatigable et conteuse jamais blasée. 

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