Paris nous permet de voir en ce moment au théâtre des Bouffes Parisiens une œuvre que n’aurait pas reniée Jean Cocteau, lui qui aimait tellement les monstres sacrés...

L'actrice Ludmila Mikaël, le 11 octobre 2011 à Saint-Jean-de-Luz, dans le sud-ouest de la France, le jour de l'ouverture du festival.
L'actrice Ludmila Mikaël, le 11 octobre 2011 à Saint-Jean-de-Luz, dans le sud-ouest de la France, le jour de l'ouverture du festival. © AFP / GAIZKA IROZ

Skorpios au loin cette très jolie pièce d’Isabelle Le Nouvel, fine et ciselée, offre à deux comédiens de haute volée de se rencontrer, de se jauger, de s’affronter. Face à un Niels Arestrup grandiose, il y a Ludmila Mikaël, l’une des actrices les plus séduisantes du théâtre français. 

Ludmila Mikaël m’évoque tellement de grandes émotions théâtrales à la Comédie Française, alors que je faisais mes classes au centre de la rue Blanche. 

Comment ne pas être touché par sa beauté secrète, sa sensibilité à fleur de peau, sa silhouette élancée de guerrière et surtout sa voix mélodieuse et captivante ? 

Fille du peintre russo-grec Pierre Dmitrienko et d’une mère pianiste Lilliane Carol, elle suit les cours de Louis Seigner au Conservatoire. Après avoir obtenu trois prix importants durant ses études, elle rentre à la Comédie française en 1967. Elle a tout juste 20 ans.  

Tout de suite, Antoine Bourseiller lui fait incarner Elvire dans Dom Juan, l’un des personnages les plus difficiles du Répertoire car elle n’a que deux apparitions mais à une heure d’intervalle et dans deux états différents. Ce rôle est sa première vraie chance et lui vaut le prix Gérard-Philipe en 1967. 

Durant 20 ans à la Comédie française, elle a joué tous les rôles phares du théâtre classique : Molière, Shakespeare, Corneille et Tchekhov. Elle a tout abordé avec éclat et intelligence, elle était l’étoile de la Comédie Française. 

Dans ce parcours brillant, je retiens son interprétation pleine d’anxiété et de désinvolture du double rôle de Marina et Thaïsa dans Périclès de Shakespeare mis en scène par Terry Hands. Celui-ci deviendra son mari et le père de sa fille talentueuse et bien aimée : Marina Hands. La jeune femme porte d’ailleurs le prénom du personnage incarné par sa mère lorsqu’elle rencontra son père. 

Je me rappelle aussi de Ludmila Mikaël en Ysé, la femme de rigueur et de désir, de Partage de Midi de Paul Claudel mis en scène par Antoine Vitez. Elle retrouvera le metteur en scène pour Le Soulier de satin joué dans la cour des papes en 1987, spectacle historique tenu dans son intégralité : 12 heures !  

Pour moi l’apogée de Ludmila Mikaël reste sa Bérénice mise en scène par Klaus Michael Grüber : le sommet des sommets de l’art dramatique. 

Après avoir quitté la Comédie française avec un certain courage, elle se tourne vers des textes plus contemporains comme Célimène et le cardinal de Jacques Rampal. Elle donne successivement la réplique à Gérard Desarthe et Didier Sandre, puis est sacrée d’un Molière de la comédienne en 1992.  

Jeanne Moreau la dirige également dans Un trait de l’esprit de Margaret Edson, où elle jouait une femme en phase terminale.  

Ludmila Mikaël est aussi une merveilleuse actrice de cinéma. Elle a tourné d’abord Le Sergent, une très grosse production américaine avec Rod Steiger, puis Vincent, François, Paul et les autres de Claude Sautet, Noce blanche aux côtés de Vanessa Paradis et de Bruno Cremer et enfin dans l’énigmatique Avant l’aube de Raphaël Jacoulot avec Jean-Pierre Bacri. Et à chaque fois, elle a exprimé sa rareté de jeu, son supplément de grâce. 

Dans Skorpios au loin, elle incarne Greta Garbo face au Churchill de l’extraordinaire Niels Arestrup. Elle assure : « Je me suis bien sûr dégagée de l’idée de lui ressembler physiquement. Je me suis approchée de Greta Garbo intérieurement. Ce qu’elle est me plait infiniment ». 

Et je terminerai par la phrase d’Odile Quirot du Figaro : « La Greta Garbo de Ludmila Mikaël est tout en complexité : une magicienne un peu perverse qui enivre. Ludmila enchante ». 

Skorpios au loin jusqu'au 6 janvier au Théâtre des Bouffes Parisiens

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