Le « Foutaise foutaise » nimbé de son rire intarissable que lance Marie-France Pisier en descendant l’escalier dans Souvenirs d’en France mérite de rejoindre « Bizarre, vous avez dit bizarre » ou « Atmosphère atmosphère » au Panthéon des répliques cultes.

Marie-France Pisier dans "La Montagne magique" (1982)
Marie-France Pisier dans "La Montagne magique" (1982) © AFP / France 3 / Franz Seitz Filmprodu / Collection ChristopheL

Quand elle tourne Souvenirs d’en France de Téchiné en 1975, qui restera son film préféré, Marie-France Pisier a trente ans et déjà quinze films à son actif. 

Ses premières années d’existence restent pour Marie-France Pisier le souvenir d’un paradis perdu. Elle voit le jour le 10 mai 1944 en Indochine et vit une enfance merveilleuse en Nouvelle Calédonie. Après le divorce de ses parents, elle s’installe à Nice avec sa mère, son frère et sa sœur. 

Jeune femme déterminée, Marie-France se lance dans le théâtre amateur. Elle est bientôt engagée par François Truffaut, qui cherche la partenaire de Jean-Pierre Léaud pour le second volet des aventures d’Antoine Doinel : L’Amour à 20 ans. Elle y affronte alors la caméra avec un naturel désarmant. Bien sûr, Truffaut tombe vite amoureux d’elle, comme toujours avec lui. Mais cette tocade se transformera en une éternelle amitié. 

Si Marie-France perpétue son image de jeune fille de bonne famille avec Les Amoureux du France de Pierre Grimblat en 1964, elle la dynamite aussitôt avec Le Vampire de Düsseldorf de Robert Hossein, sorti la même année, sa première composition en guêpière et cravache à la Dietrich. Elle fait trois films avec Hossein dont elle est la compagne, et se brosse une image plus acide et perverse, confortée par Trans-Europ-Express de Robbe-Grillet, dont on disait que c’était le premier film érotique français. 

Ses rencontres avec Rivette et Téchiné sont alors déterminantes. Marie-France Pisier remet sa carrière en question, incarne des rôles qui mettent en valeur l’humour aigu de son jeu, les inflexions de sa voix originale qui plaisait tant à Truffaut : « Ta voix c’est ton meilleur atout et ton pire handicap ».  

C’est pour se moquer gentiment de son image d’intellectuelle que Jean-Paul Belmondo la surnomme « La Star de la Cinémathèque », même s’il n’hésite pas à faire appel à elle comme partenaire pour Le Corps de mon ennemi et L’As des as

Ce sont les années 70 qui la révèlent véritablement au grand public. Elle étend d’abord sa carrière à la télévision en incarnant une sorte de Scarlett O’Hara dans Les Gens de Mogador. La série lui offre un regain de popularité, érodant au passage son image très connotée Nouvelle Vague. 

Elle connaît enfin un succès public éclatant et une reconnaissance internationale avec Cousin, cousine de Tacchella. En 1976, elle est ainsi couronnée du César de la Meilleure actrice dans un second rôle, pour ses rôles dans Cousin, cousine et dans Souvenirs d’en France.  

Elle tourne alors pour les américains De l’autre côté de minuit et Chanel solitaire

Alors que nous sommes en pleine commémoration de Mai 68, saviez-vous que notre actrice frondeuse a aidé Daniel Cohn-Bendit à fuir le pays ? Elle vivait avec lui une brève parenthèse amoureuse, et lui a fait faire en voiture un aller-retour entre l’Allemagne et la France après lui avoir teint elle-même les cheveux en noir dans sa baignoire !   

Toute sa vie durant, Marie-France Pisier a assumé avec force son rôle de citoyenne engagée, particulièrement pour les combats des femmes de son époque. 

Le 24 avril 2011, c’est la tragédie. Son corps inanimé est découvert dans la piscine de sa villa du Var. L’autopsie n’écarte ni la thèse d’une noyade accidentelle ni celle du suicide…

Marie-France Pisier a traversé notre cinéma avec un refus insouciant des étiquettes. Elle était une femme à la beauté solaire, à l’intelligence incandescente, à la sensualité brûlante, et ne lassera jamais de consumer nos pupilles. 

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