C’est avec étonnement que j’ai constaté qu’en une quarantaine de chroniques je n’avais encore jamais évoqué Marlène Jobert. Elle est pourtant la première à m’avoir procuré mes plus fortes émotions de cinéma lorsque j’étais adolescent.

Marlène Jobert à Capri en 1982
Marlène Jobert à Capri en 1982 © Getty / Gianni GIANSANTI / Contributeur

Elle est ma première vedette de l’écran, celle qui a accompagné toute ma vie : de spectateur d’abord, de directeur de casting ensuite, qui m’a poussé à devenir agent enfin. Elle est ma compagne de cinéma et j’ai souhaité lui rendre hommage ce soir. 

Marlène Jobert voit le jour un 4 novembre à Alger. Aînée de cinq enfants, elle est fille de militaire. Son enfance est marquée par la sévérité de son père et la dévalorisation de sa mère qui lui conseille même de cacher ses taches de rousseur. 

La famille quitte Alger en 1954 pour s’établir à Dijon où l’adolescente étudie aux Beaux-Arts. Contre la volonté de son père, Marlène entreprend de suivre des cours de théâtre au Conservatoire de Dijon puis au Centre d’Art dramatique de la rue Blanche. 

Après avoir décroché un petit rôle au théâtre dans Le Timide au palais aux côtés de Jean-Louis Trintignant, sa carrière est lancée par la pièce Des clowns par milliers, mise en scène par Raymond Rouleau en 1963. Marlène est alors choisie parmi soixante candidates pour être la partenaire d’Yves Montand, et ce contre la volonté de Marie Bell, la directrice du théâtre. Dès le soir de la générale, la pièce remporte un succès immédiat et révèle la jeune comédienne. En une seule représentation, elle devient la coqueluche du tout Paris théâtral

En 1966, Marlène Jobert débute au cinéma devant la caméra de Jean-Luc Godard dans Masculin et féminin, aux côtés de Chantal Goya et de Jean-Pierre Léaud. Elle enchaîne ensuite des apparitions remarquées dans Martin Soldat de Michel Deville et Le Voleur de Louis Malle. 

Elle perce véritablement au cinéma en 1968 avec le film L’Astragale dans lequel elle incarne une jeune évadée de prison. 

L’année suivante, Marlène devient une vedette populaire grâce à deux succès : Dernier domicile connu de José Giovanni avec Lino Ventura et Le Passager de la pluie de René Clément, aux côtés de l’imperturbable Charles Bronson. 

Sa rencontre avec Maurice Pialat dans Nous ne vieillirons pas ensemble offre au réalisateur l’un de ses plus grands succès populaires. Marlène y est poignante de vérité mais voit pourtant le prix d’interprétation à Cannes lui échapper au profit de son partenaire Jean Yanne. Une injustice navrante.  

La carrière de Marlène Jobert est marquée par une belle diversité de genres. Elle brille tout particulièrement dans le polar et la comédie d’aventure. Elle est ainsi à l’affiche de plusieurs polars dont Le Secret avec Jean-Louis Trintignant et La Guerre des polices, sorti en 1979 en pleine vague de féminisation policière à l’écran. 

Elle est aussi parfaitement à l’aise dans les comédies à l’américaine de Jean-Paul Rappeneau comme Les Mariés de l’An II et de Philippe de Broca avec La Poudre d’escampette qui concilie rythme trépidant et romance sentimentale.

Dans les années 1980, la comédienne privilégie sa vie privée, marquée par la naissance de ses jumelles, Eva et Joy. Elle publie alors des livres et des disques de contes pour enfants qui connaissent un succès considérable. 

Il y a trente ans tout juste, Marlène Jobert a interrompu sa riche carrière cinématographique. Comme Annie Girardot ou Mireille Darc, elle incarnait une variation de la Française type des années 1970, telle que l’affectionnait le cinéma d’alors. Avec son corps adorable et sexy, sa jolie frimousse semée de taches de rousseur, sa voix acidulée et sa sensibilité à fleur de peau, elle reste l’une des actrices les plus populaires du cinéma français de cette époque. 

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