S’il ne fallait choisir qu’une star pour incarner le Hollywood de l’immédiat après-guerre, ce serait Ava Gardner, nous dit l’historien Antoine Sire dans son ouvrage "La Cité des femmes".

Ava Gardner
Ava Gardner © Getty / Silver Screen Collection

Actrice mythique, propulsée en haut de l’affiche alors que l’Amérique aspirait à un art de vivre plus exubérant que jamais, symbolisé par le technicolor. 

Elle fut l’une des plus belles créatures cinématographiques, un mélange de beauté sculpturale et de vulnérabilité. A la fois charnelle et raffinée, elle était prédestinée à jouer les déesses défaillantes et les mythes chancelants. Elle était d’autant plus belle que sur son visage se lisaient les incertitudes, les égarements et le besoin de tendresse. 

Convaincue qu’elle n’a que peu de dispositions pour devenir actrice, elle sous-estime à tort ses capacités pour l’art dramatique. Alors, comment est-elle devenue cette actrice magique dont la présence sur un écran suffit à faire rêver ? 

Ava nait le soir de Noël 1922 dans un petit village de la Caroline du Nord de parents fermiers. Elle étudie la sténodactylo et part ensuite pour New York chez sa sœur Béatrice. Une photo prise par son beau-frère Larry attire l’attention des dénicheurs de talents de la MGM, et un contrat est passé après un bout d’essai. 

Les débuts d’Ava Gardner n’ont rien d’éclatant, ce qui ferait dire à Louis B. Mayer : « Elle ne sait pas marcher, elle ne sait pas jouer, mais elle est fantastique. La caméra est amoureuse d’elle ». Gênée par un terrible accent du terroir, elle cumule les figurations intelligentes. La jeune actrice n’est même pas créditée dans les quatorze films où elle apparait entre 1942 et 1943. 

Pour la lancer, la MGM lui fait épouser Mickey Rooney en 1942, acteur très populaire dont elle divorcera l’année suivante. Désabusée, poursuivie par Howard Hughes à qui elle se refuse, elle est enfin révélée par Tragique Rendez-vous de Léonide Moguy. C’est seulement en 1946 qu’elle s’impose comme comédienne avec The Killers, un film noir inspiré d’Ernest Hemingway. Elle y interprète une femme fatale qui dupe Burt Lancaster, dont c’est la première apparition à l’écran. 

1951 est une année remarquable pour Ava Gardner avec la sortie de Pandora d’Albert Lewin, qui l’érige en actrice de légende. Sa beauté dans ce film est hypnotique. 

L’actrice a désormais le vent en poupe et n’enchaine que des grands rôles dans des grands films : Les Neiges du Kilimandjaro, toujours adapté de Hemingway, aux côtés de Gregory Peck ; Mogambo de John Ford avec Clark Gable et Grace Kelly ; et surtout La Comtesse aux pieds nus de Joseph Mankiewicz qui est une réflexion définitive sur la condition de star et les faux-semblants. Le chef d’œuvre de Mankiewicz fait plus pour la renommée d’Ava Gardner qu’aucun autre film. 

La nature impétueuse et sentimentale d’Ava Gardner n’est guère éloignée de ses deux plus beaux personnages de Pandora et de La Comtesse aux pieds nus

Elle connait ainsi une vie affective très mouvementée, et après son divorce avec Artie Shaw, un jazzman qui l’humilie, elle se marie en 1954 avec Sinatra alors au creux de la vague. Leur liaison défraye la chronique : les deux stars s’injurient, se battent, picolent, se réconcilient. Beaucoup trop semblables pour se supporter. 

Son ami John Huston va encore lui donner un grand rôle avec La Nuit de l’Iguane, aux côtés de Richard Burton. Elle n’a que 42 ans et pourtant elle parait très abimée à l’écran, marquée par des années d’excès et d’alcool. 

Son destin pourrait être résumé par ces deux répliques : « J’essaie simplement d’être heureuse » et « parfois je bois trop ». Ava Gardner tombe malade en 1986 et meurt d’une pneumonie chez elle à Londres le 25 janvier 1990 à l’âge de 67 ans. 

Cette phrase de Hemingway s’offre comme épitaphe : « Ava, il faut l’accepter tout entière ou la rejeter ». 

Ava Gardner sur le tournage de Mogambo
Ava Gardner sur le tournage de Mogambo © Getty / The LIFE Picture Collection
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