Pour célébrer les César qui ont eu lieu ce vendredi, il nous fallait évoquer une actrice qui a marqué cette cérémonie pas seulement pour avoir obtenu cette statuette à trois reprises, mais pour avoir fait un discours qui restera dans les annales du 7e Art.

Portrait de l'actrice Annie Girardot, pris en mai 1972, lors du festival de Cannes.
Portrait de l'actrice Annie Girardot, pris en mai 1972, lors du festival de Cannes. © AFP / (FILM) AFP PHOTO

Ce soir-là de février 1996, Annie Girardot, ravagée par l’émotion, tremblante et vacillante, déclare ainsi entre deux sanglots : 

Je ne sais pas si j’ai manqué, mais à moi le cinéma français m’a manqué follement, éperdument, douloureusement…

Née à Paris le 25 octobre 1931 d’une mère sage-femme et de père inconnu, Annie Girardot connaît une enfance plutôt difficile à Caen, entre les bombardements de la guerre et les dures privations de l’exode. Pour contenter sa mère, elle prépare sans conviction un diplôme d’infirmière, tout en suivant des cours de comédie à côté.  

Élève du centre de la rue Blanche dès 1949, Annie Girardot se produit parallèlement dans des cabarets de la Rive gauche. En juillet 1954, elle sort du Conservatoire national d’Art dramatique avec la bande florissante de l’époque : Belmondo, Rochefort, Marielle, Fabian… 

Grâce aux deux premiers prix qui ont couronné son passage au Conservatoire, elle est engagée peu après à la Comédie-Française. Pendant deux années, elle interprète le répertoire, surtout dans les rôles de soubrettes. Jean Cocteau l’impose dans La Machine à écrire et voit en elle "le plus beau tempérament dramatique de l’après-guerre". 

Annie Girardot fait ses débuts au cinéma dans Treize à table, aux côtés de Micheline Presle. Puis, son premier grand rôle dans L’Homme aux clefs d’or lui vaut le prix Suzanne Bianchi en 1956. 

Deux ans plus tard, elle fait la rencontre déterminante de Luchino Visconti. Celui-ci la dirige au théâtre dans Deux sur la balançoire aux côtés de Jean Marais, puis lui fait tourner Rocco et ses frères face à Alain Delon. Annie épouse son partenaire Renato Salvatori et se tourne alors vers les coproductions italiennes. Mais c’est pourtant à un réalisateur français, Marcel Carné, qu’elle doit son prix d’interprétation à Venise pour Trois chambres à Manhattan.      

Au milieu des années 1960, après une boulimie de tournages français et italiens, de grands films mais aussi de productions médiocres, Annie Girardot est brusquement oubliée des écrans de cinéma.  

C’est Claude Lelouch qui relance sa carrière en lui proposant d’incarner la femme d’Yves Montand dans Vivre pour vivre. Le film est un succès et le public découvre une nouvelle facette du talent d’Annie Girardot : l’émotion.  

À partir de ces années-là et pendant une décennie, elle est la star la plus populaire des années 1970. Elle alterne avec grâce films d’auteur et cinéma populaire. Elle brille sous la direction de Michel Audiard vers lequel elle revient régulièrement pour se ressourcer, ou encore dans Mourir d’aimer, le film d’André Cayatte sur l’affaire Gabrielle Russier qui réunit six millions de spectateurs. Annie excelle aussi dans le cinéma d’auteur avec La Semence de l’homme de Marco Ferreri et La Vieille Fille de Jean-Pierre Blanc.    

Annie Girardot sait être Madame tout le monde, une vedette proche des gens, plutôt qu’une star. Elle endosse avec naturel des personnages nouveaux et en tempère l’audace par la connivence qu’elle entretient avec le public.   

Lors de ses dernières années au théâtre et au cinéma, Annie joue avec une oreillette destinée à lui souffler son texte. La maladie d’Alzheimer dont elle souffre n’est révélée au grand jour qu’en 2006…

Lorsqu’Annie Girardot tire sa révérence le 28 février 2011, Danièle Heymann écrit très justement : 

Elle était solide et lézardée, bosseuse, gouailleuse, jolie bouche, joli corps, voix de brume râpeuse parlant vite dans une fringale de vérité urgente à délivrer, accessible et unique. 

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