Ce soir notre vedette de l’écran est la femme fatale par excellence. Sa spécialité d’actrice ce sont les vamps, les femmes légères ou de très petite vertu.

Portrait de l'actrice Ginette Leclerc en décembre 1966
Portrait de l'actrice Ginette Leclerc en décembre 1966 © Getty / Keystone-France\Gamma-Rapho

Elle fut la femme du boulanger dans le film de Marcel Pagnol, celle qui après avoir miaulé d’amour dans la nature revient repentante et demande pardon à Raimu. Un moment inoubliable de cinéma.  

Grâce à ce rôle, la rivale de Pomponette devient une énorme vedette, véritable splendeur de femme de désir. Ginette Leclerc est servie en cela par des yeux de braise, un sourire charnel et une voix canaille. Sa mèche rebelle dissimule le côté gauche de son visage sensuel, doté d’une pointe de perversité.    

Ginette Leclerc est née en 1912 à Montmartre où son père exerce la profession d’horloger. Elle se marie très jeune à 17 ans avec un danseur de vingt ans son aîné, Lucien Leclerc, dont elle divorce très vite mais conserve le patronyme. Attirée par la danse et le théâtre, elle se débrouille pour subsister en posant pour des cartes postales amoureuses et coquines, et en faisant de la figuration pour le cinéma. Elle est alors remarquée par Jacques Prévert qui décide de l’aider et de la conseiller.  

Puis, Claude Autant-Lara l’engage en 1933 pour son film Ciboulette. C’est un petit rôle certes, mais qui s’avère décisif pour sa carrière car il marque le début de propositions de plus en plus sérieuses. Ginette Leclerc confirme son talent dans L’Homme de nulle part de Pierre Chenal ainsi que dans Prison sans barreaux de Léonide Moguy où elle apparaît d’une perversité extrême. 

Après son triomphe dans La Femme du boulanger en 1938, elle témoigne d’une maturité émouvante dans le très beau Val d’Enfer de Maurice Tourneur en 1943. La même année, elle interprète son rôle le plus marquant dans Le Corbeau de Clouzot où elle est admirable d’émotion retenue de passion. 

À la Libération, elle se voit reprochée d’avoir tourné pour la Continental allemande : Le Corbeau fut en effet interdit sur les écrans jusqu’en 1947. Elle pâtit également des lourdes affaires de son compagnon d’alors, le triste acteur Lucien Gallas, et passe près d’une année en prison. 

En 1949, Ginette reprend le chemin des studios avec Un Homme marche dans la ville de Marcello Pagliero. Vingt ans plus tard, cette actrice de tant de vaudevilles finit par côtoyer l’avant-garde avec Goto, île d’amour de Borowczyk. 

En 1963, Ginette Leclerc publie son livre de mémoires intitulé Ma vie privée. D’après mes souvenirs, c’est un témoignage franc et émouvant. J’adorerais d’ailleurs le relire, si quelqu’un parmi vous l’avait en sa possession. 

Ginette Leclerc meurt en 1992 à l’âge de 80 ans. Elle n’a sans doute pas atteint la notoriété de sa rivale Viviane Romance, cette autre garce du cinéma pourrait-on dire. Mais sa présence charismatique, sa liberté et son insolence assurent à Ginette Leclerc une durable singularité.  

Et pour reprendre les mots de l’historien du cinéma Raymond Chirat : « Elle appartient de plein droit à l’histoire des passions françaises ». 

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