Aujourd’hui notre invitée n’est pas une vedette de l’écran, ou peut-être alors de derrière l’écran ; pas une célébrité, et pourtant elle fut plus qu’une vedette : une Institution.

Margot Capelier, directrice de casting disparue en 2007
Margot Capelier, directrice de casting disparue en 2007 © AFP / Archives du 7eme Art / Photo12

Elle inventa un nouveau métier dans le cinéma français, elle s’affirma comme une véritable pionnière. Aujourd’hui, je vais évoquer Margot Capelier, la créatrice du casting en France. Les cinéphiles la connaissent pour avoir vu sa frimousse curieuse, presque un peu disgracieuse, dans le Crime de Monsieur Lange de Renoir et dans Drôle de Drame de Carné ; et bien sûr pour avoir lu son nom au générique de plus de 80 films.

Fille d’immigrés russes qui parlaient le yiddish, Marguerite Leibowitch est élevée dans le monde de la confection au cœur d’un quartier populaire de l’Est parisien.

Destinée aux étoffes, elle devient vendeuse dans une maison de couture. Mais elle rêve de faire du théâtre et amuse tout le monde avec sa gouaille de titi parisien. Son frère lui fait alors découvrir le groupe Octobre, un mouvement de théâtre ouvrier, dans lequel elle est bientôt engagée par les frères Prévert.

Jacques Prévert l’érige rapidement en mascotte, lui fait taper ses textes avant de l’embaucher comme secrétaire de production sur Les Enfants du Paradis, elle devient alors copine avec Arletty et Pierre Brasseur.

Après la guerre, elle parvient à s’immiscer dans les équipes des Américains qui tournent aux studios de Billancourt, elle qui parle pourtant anglais comme une vache espagnole. Elle est ainsi chargée de dénicher les petits rôles bilingues de Trapèze de Carol Reed, avec Burt Lancaster et Tony Curtis.

Puis, c’est avec La Grande Vadrouille qu’elle impose comme un poste indispensable le métier de directeur de casting aux producteurs français.

La liste des metteurs en scène avec lesquels elle a collaboré donne le tournis : Carné, Clouzot, Frankenheimer, Losey, Pollack, De Broca, Miller, Chéreau, Deray, Kieslowski, Blier…

Quand Margot est entrée dans ma vie, j’étais jeune stagiaire sur Le Sac de billes de Jacques Doillon. Le producteur, Claude Berri, m’a conseillé de la rencontrer pour m’aiguiller dans mes recherches d’enfants. Quelle ne fut pas ma déception lors de ce premier contact !

Elle m’a salement engueulé, a invectivé Claude Berri par procuration, et fulminé que c’était honteux de prendre des incapables pour un tel projet, et en plus, je n’étais même pas juif !

C’était comme le début d’une comédie romantique où l’on sait qu’ils seront amoureux à la fin. Et ce fut le cas, malgré ces débuts volcaniques. Appréciant mon travail de loin, elle s’est approchée de moi petit à petit comme le félin de mauvaise foi qu’elle était.

Nous sommes devenus inséparables : elle a même fait courir le bruit que j’avais été son élève, et qu’elle m’avait tout appris. Faux. Pas tout à fait. Mais elle m’a appris à aimer les acteurs plus que tout. Une grande leçon.

Dans le métier, on nous surnommait Harold et Maud. Elle, dans mon dos, avec son merveilleux sens de la réplique, m’appelait Attila « parce qu’il rafle tout sur son passage ! ».

Quand je suis devenu agent, elle me l’a fait payer durement. Elle ne comprenait pas que je veuille discuter gros sous avec des producteurs qu’elle n’appréciait pas en général : « Arrêtons de vendre des acteurs comme des lessives, on n’a pas le droit de faire cela, c’est fragile un acteur, c’est superbe une actrice, il faut les respecter ».

C’était une femme incroyable, rayonnant d’une énergie dévorante, présente au théâtre tous les soirs, montant ses quatre étages à pieds, chargée de sacs remplis de photos et de curriculum vitae.

La Reine Margot s’est éteinte il y a dix ans à l’âge de 96 ans.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.