À l’heure des commémorations du 50e anniversaire de Mai-68, c’est Juliet Berto qui m’a semblé le mieux symboliser cette période agitée. Car, pour reprendre les mots si justes de Noël Simsolo, « c’est une insurgée pour laquelle le plus petit compromis tient place d’injures suprêmes et inacceptables ».

Juliet Berto dans "La Chinoise" (Jean-Luc Godard, 1967)
Juliet Berto dans "La Chinoise" (Jean-Luc Godard, 1967) © Getty / Michael Ochs Archives

Juliet Berto est la seule passionaria lucide du cinéma français : une force vive et incorruptible. 

De son enfance et de sa vie intime, on ne sait que peu de choses. On sait qu’elle a vu le jour à Grenoble le 16 janvier 1947. Elle est née Annie Jamet, est fille d’ouvrier et a deux sœurs, dont l’une, Moune Jamet, est une grande photographe de cinéma. On sait aussi qu’étudiante, elle fait partie d’un groupe de cinéphiles qui animent à Grenoble un ciné-club très actif. 

C’est là que tout commence. Elle fait la rencontre de Jean-Luc Godard, venu à Grenoble pour présenter Masculin féminin. Elle dit de lui : 

C’était le seul cinéaste qui parlait un langage que je comprenais vraiment, que je ressentais. 

Le réalisateur est séduit par sa fougue, sa spontanéité et sa rébellion. Il lui propose un petit rôle dans Deux ou trois choses que je sais d’elle

Juliet Berto s’engage alors avec passion dans l’univers politisé du cinéaste dont elle sera l’interprète à cinq reprises, pour _Week-endavec Jean Yanne, Le Gai Savoir avec Jean-Pierre Léaud, et surtoutLa Chinoise_. Elle y a cette réplique célèbre : « La France en 1967, c’est un peu comme des assiettes sales ». 

Elle poursuit cette veine politique avec _Camarades_de Marin Karmitz, un film abrupt et sans concessions qui condamne le capitalisme et le patronat. Elle y incarne une jeune vendeuse qui rêve d’un bonheur bourgeois avec son fiancé ouvrier. 

Après Godard, Juliet Berto fait une seconde rencontre artistique majeure avec Jacques Rivette. Elle devient sa muse et tourne avec lui Out 1 et _Céline et Julie vont en bateau_, qu’elle coécrit également. 

Au cours des années 70, Juliet Berto apparaît dans des films plus commerciaux. Elle tourne ainsi deux films avec Claude Berri, qui a pour elle beaucoup d’affection : Sex shop et Le Mâle du siècle. Dans ce dernier film, elle joue une scène de ménage d’anthologie sur une plage, qui n’est pas sans évoquer Drame de la jalousie d’Ettore Scola. Puis, Joseph Losey la choisit pour être la maîtresse alanguie d’Alain Delon dans Monsieur Klein.  

En 1981, Juliet Berto passe derrière la caméra avec un premier film, Neige, coréalisé avec son compagnon Jean-Henri Roger. Le film est très bien accueilli et obtient le Prix du jeune cinéma à Cannes en 1981. Elle réalise encore deux autres films : Cap Canaille et Havre

Le 11 janvier 1990, Juliet Berto succombe d’un cancer du sein à l’âge de 42 ans, alors qu’elle préparait un quatrième long-métrage. Comme l’écrit Jean-Michel Parker dans un ouvrage à paraître sur les actrices, elle avait une moue d’enfant dubitative et insolente, parfois agressive, qui rappelait Jeanne Moreau, sœur aînée spirituelle qu’elle n’aurait pas reniée. Elle était une présence magnétique, une jeune femme insoumise et révoltée, intègre et engagée, toujours éprise d’absolu, toujours exempte de compromissions. 

Et pour se souvenir d’elle, réécoutons la chanson que lui a dédié Yves Simon : Au pays des merveilles de Juliet

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