C'est presque le nom d'une fleur ...

Sur le tournage d'Hôtel du Nord
Sur le tournage d'Hôtel du Nord © Getty / Sunset Boulevard

De son véritable nom Léonie Bathiat, elle est née à Courbevoie le 15 mai 1898 au sein d’une famille modeste. Jeune femme, elle collectionne les petits boulots, dactylo puis tourneuse dans une usine d’obus et même mannequin cabine. 

Un jour par hasard, elle rencontre Paul Guillaume dans la rue, le marchand d’art qui imposa le cubisme. Il devient son Pygmalion, et lui conseille de tenter sa chance au théâtre. Grâce à sa lettre de recommandation, Arletty est engagée au Théâtre des Capucines dans un emploi très précis à l’époque : petite femme de revue.

En souvenir d’une héroïne de Maupassant, Léonie décide de s’appeler Arlette. Puis, sur la suggestion de Tristan Bernard, elle mettra un « y » pour faire plus chic anglais, up to date. Bientôt, Arletty se fait un nom et trouve sa voie au théâtre dans les pièces de Bernstein, de Guitry et de Marcel Achard. 

En 1930, le cinéma parlant commence à s’imposer en France. Arletty, qui avait toujours refusé de tourner pour le cinéma muet, accepte pourtant un petit rôle, aux côtés de Victor Boucher star de l’époque, dans La Douceur d’aimer

Elle enchaine les comédies légères et s’impose enfin avec _Hôtel du Nord_de Marcel Carné, lançant à Jouvet sa fameuse réplique, signée par Henri Jeanson : « Atmosphère atmosphère ». Ce dernier dira : « Elle en a fait un monde, une légende, un mythe ; elle l’a rendue célèbre à Londres, aux États-Unis, au Japon, et ce qui est bien plus difficile, à Paris ». 

Elle trouve ensuite une consécration retentissante avec Le Jour se lève, où elle a pour partenaires Jules Berry et Jean Gabin. Avec ces deux œuvres majeures, Arletty est à l’apogée de sa beauté, et achève de camper son personnage de femme libre, irrévérencieuse. Elle épanouit pleinement son culot et sa verve fracassante dans Fric-Frac, aux côtés de Michel Simon, et bien sûr dans Madame Sans-Gêne, ce rôle qui lui colle à la peau. 

Le trio Arletty-Carné-Prévert se retrouve pour signer les deux films les plus importants tournés durant l’Occupation. Arletty déploie ainsi l’étendue de sa gamme de jeu dans Les Visiteurs du soir, passant du registre léger à un jeu plus énigmatique.

Et bien sûr, elle interprète Garance dans Les Enfants du paradis, entourée d’une distribution prestigieuse : Brasseur, Barrault, Casarès. De ses aveux, Garance est le plus beau rôle écrit pour une femme dans un film, et peut-être le plus célèbre et le plus aimé de l’histoire du cinéma. 

À cause de l’Occupation, le tournage effectué en 1943 connait quelques difficultés, et le film n’est présenté au public qu’en Mars 1945, en l’absence d’Arletty, assignée en résidence surveillée. Elle est en effet victime de l’Épuration pour collaboration horizontale, après avoir entretenu une liaison amoureuse avec un Allemand qu’elle surnomme ‘Faune’. Lors de son arrestation, elle a cette réplique fameuse : « Je ne suis pas très résistante ! ». Arletty ne perd jamais le sens de l’humour, même dans les moments compliqués. 

Elle reprend ses activités seulement en 1949, et se consacre plus essentiellement au théâtre avec Un Tramway nommé Désir qu’elle crée en France, et Les Monstres sacrés de Cocteau. Elle dira même : « Le théâtre c’est mon luxe, le cinéma mon argent de poche ». 

Et pour terminer, je retiens ces mots de Jean-Claude Brialy, l’homme qui m’a permis de la rencontrer brièvement à la fin de sa vie alors qu’elle était aveugle. « Votre meilleure crème de beauté c’est la bonne conscience. Le public a reconnu votre voix unique, inoubliable, insolente, clinquante comme les talons sur le pavé du faubourg. Votre atmosphère a la gueule de l’amour et de la liberté. Vous êtes la femme du cinéma français d’hier, d’aujourd’hui et de demain ».  

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