L’héroïne de Casque d’or et du Chat a connu une extraordinaire popularité en apparaissant dans certains des plus grands films du cinéma français. Elle fut la première reine de beauté à ne pas craindre de vieillir à l’écran. Pourtant, les excès en tous genres accentuèrent beaucoup les signes du temps sur son beau visage

Simone Signoret & Laurence Harvey (photo du film "Les Chemins de la haute ville" en 1959)
Simone Signoret & Laurence Harvey (photo du film "Les Chemins de la haute ville" en 1959) © Getty / Alfred Eisenstaedt /

Simone Kaminker, de son vrai nom, est née le 25 mars 1921 à Wiesbaden, petite ville d’Allemagne rhénane alors occupée par les Français. 

Lorsque la guerre éclate, son père d’origine juive se réfugie en Angleterre et s’engage dans la France Libre. Simone, elle, reste à Paris avec sa mère non juive. 

En plus de son activité de secrétaire qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille, la jeune fille se lance dans la figuration dès 1942. Ayant prudemment troqué le nom de son père contre celui de sa mère, Simone Signoret fait alors quelques apparitions dans Boléro aux côtés d’Arletty et dans Les Visiteurs du soir de Marcel Carné, qui compte comme autres figurants célèbres Alain Resnais et Pierre Mocky. 

En 1944, elle épouse le réalisateur Yves Allégret et donne naissance à leur fille Catherine deux ans plus tard. Ce sont les films tournés avec son mari qui lancent sa carrière de comédienne, et notamment son incarnation de Dédée d’Anvers dans le film éponyme. Ce film noir se fonde entièrement sur la beauté saisissante de Simone, tout comme le très sombre Manèges deux ans plus tard. 

Malgré son talent, son emploi semble alors se limiter aux rôles de garces et de prostituées, comme le prouve encore Casque d’or, et son personnage inoubliable de sensibilité. Si le film est boudé par le public à la sortie, il est pourtant appelé à une immense postérité. 

La décennie 1950 se révèle extraordinairement riche pour Simone Signoret. Elle se bâtit une carrière exemplaire, peu de films, mais que des grands films devenus des classiques : La Ronde d’Ophüls, Thérèse Raquin de Carné, Les Diaboliques de Clouzot, La Mort en ce jardin de Bunuel.  

Entretemps, elle a le coup de foudre pour un jeune chanteur, découvert par Édith Piaf : Yves Montand. Cette rencontre est décisive amoureusement mais aussi politiquement, puisqu’ils signent tous les deux l’appel de Stockholm en 1950, pétition contre l’armement nucléaire. Montand et Signoret vont progressivement incarner une conscience de gauche dans un univers, le cinéma français, peu habitué à ce genre d’engagements. Il ne sera d’ailleurs pas toujours facile de naviguer entre leurs engagements communistes et leurs professions de comédiens. 

Très active sur le plan politique, Simone Signoret n’en délaisse pas pour autant son métier d’actrice. Elle parvient même à lier les deux grâce à son rôle au théâtre puis au cinéma dans Les Sorcières de Salem de Raymond Rouleau, une œuvre antimaccarthyste qu’elle incarne aux côtés d’Yves Montand.  

Simone Signoret acquiert une réputation internationale en 1959 grâce au Prix d’interprétation à Cannes pour Les Chemins de la Haute Ville de Jack Clayton. Sa prestation est couronnée de l’Oscar de la Meilleure Actrice l’année suivante à Hollywood.  

Les années 1970 sont marquées par sa collaboration féconde avec Pierre Granier-Deferre, réalisateur du Chat dans lequel elle joue aux côtés de Gabin, mais aussi de La Veuve Couderc et de L’Étoile du Nord, l’une de ses dernières apparition sur le grand écran. 

En 1977, l’actrice livre une formidable composition dans La Vie devant soi d’après l’œuvre de Romain Gary. Le rôle de Madame Rosa lui vaut cette fois le César de la Meilleure Actrice. 

Par-delà son talent d’actrice, Simone Signoret révèle aussi sa sensibilité d’écrivain. Sa biographie La Nostalgie n’est plus ce qu’elle était dépasse ainsi le simple souvenir et s’affirme comme une vraie œuvre littéraire et méditative. 

Et comme disait Noël Sinsolo : « Elle était d’abord Simone Signoret et son monde intérieur transparaissait si bien qu’une émotion unique nous terrassait à chacune de ses prestations. Elle restera inimitable ». 

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