Mesdames, pouvez-vous mettre quelque chose dans votre poche, comme un trousseau de clé, un portefeuille, un smartphone ?… Les Suffragettes se battaient pour faire changer les choses dès 1908. Cent dix ans plus tard, quasiment aucun progrès sur ce sujet. Giulia Foïs vous explique pourquoi ce détail a de l'importance

Selon une étude publiée dans "The Pudding", seules 10% des poches pour femmes peuvent accueillir une main féminine moyenne, contre 100% des poches pour homme
Selon une étude publiée dans "The Pudding", seules 10% des poches pour femmes peuvent accueillir une main féminine moyenne, contre 100% des poches pour homme © Getty / Megan Maloy

Chaque semaine, Giulia Foïs revient sur une bonne et une mauvaise nouvelle pour les femmes dans l'actualité…

Bonne nouvelle : un ministre démissionne pour se consacrer à sa vie de famille

A la faveur du remaniement ministériel, Gérard Collomb démissionne, pour pouvoir se consacrer à sa vie de famille permettant ainsi à son épouse de saisir une belle opportunité professionnelle… Ben non, évidemment non. Hi hi ! Jamais de la vie ! En revanche, en Norvège, c’est bel et bien ce qui vient de se passer. 

Le ministre des transports, Ketil Solvik Olsen vient d’annoncer son départ de la coalition gouvernementale.  Et ce, pour permettre à sa femme d’exercer comme médecin dans un hôpital pour enfants américain. Le couple avait conclut un accord il y a quelques années où ils s’engageaient à favoriser alternativement la carrière de l’un ou de l’autre. Accord respecté, donc. 

J’ai aimé être ministre des transports, j’aurais bien continué toute ma vie, mais je suis arrivé à un carrefour de la vie où c’est au tour de ma femme de poursuivre son rêve.

C’est mignon, hein ? C’est même canon, la Norvège, pays qui, rappelons le, figure au deuxième rang mondial de la parité hommes/femmes, d’après le dernier classement du Global Gender Gap Report. Avec des femmes à la tête du gouvernement, du principal syndicat, du patronat et des trois grosses formations politiques, on commence à être bien. Par contre il fait froid, mais mes considérations météo n’engagent que moi. 

Mauvaise nouvelle : les poches des femmes sont trop petites

Glissez une main dans la poche de votre pantalon, pour voir ? Bien… Pouvez-vous y ajouter quelque chose, comme un trousseau de clé, un portefeuille, un smartphone ? C’est, en réalité, quasi impossible la plupart du temps. 

On s’en doutait, il y avait comme un deux poids / deux mesures dans la poche de nos jeans… 

The Pudding vient de le prouver. Le média américain publie une enquête menée auprès de 20 marques de jean et résultat… Seules 10% des poches pour femmes peuvent accueillir une main féminine moyenne, contre 100% des poches pour homme. 

On s’en moque ? Eh bien pas tant que ça. Comme le disait tout récemment, dans les colonnes du Guardian, l’auteur féministe Chelsea G Summers : quand il s’agit des poches des femmes, oui, la taille, ça compte. Et la dame d’ajouter : 

Tant que la poche de mes jeans ne pourra pas contenir mon téléphone ET mes clés, elle sera toujours plus pour moi un sujet politique qu’une question esthétique. 

Pour étayer sa démonstration, elle déroule dans sa tribune toute l’histoire de nos poches. 

Un peu d'histoire

Celle-ci commence à peu près bien puisque, jusqu’au XVIIe siècle, les femmes comme les hommes portent, à l’extérieur ou à l’intérieur du vêtement, de grosses poches détachables. Mais la mode finit par évoluer, le costume de l’homme s’affine, s’allège et on lui coud une multitude de poches à l’intérieur du veston, du frac, de la redingote. Les femmes, non. 

Pire, elles ne peuvent mêmes plus trimballer leurs petites affaires à l’abri des regards, sous leur vêtement, puisque la poche détachable disparaît, au profit du « réticule », l’ancêtre du sac à main. Et donc… Si elles veulent pouvoir se déplacer avec de l’argent, et/ou des papiers, ou que sais-je encore d’à peu près nécessaire, elles ont deux solutions. 

Soit elles chargent leur sac, soit elles demandent à leur mari/frère/père de les porter pour elle. En terme d’indépendance et de mobilité, on a vu mieux. Les suffragettes ont fini par en faire un combat et au tournant du XIXe siècle, le New York Times relayaient leur revendication : « maintenant que nous sommes civilisés, nous avons besoin de poches,(...) le sexe féminin ne peut rivaliser s’il n’a pas de poches ». On est en 1908. 

Depuis ? Oui, on a des poches, mais toutes petites petites… À la fois, ce serait tellement dommage pour l’industrie de la mode si les femmes pouvaient toutes et tout le temps, se passer de sac à main…

Et sinon, pendant ce temps là

On débat sur le prélèvement à la source - et j’en veux, et j’en veux pas, la la la… Et Philippe Besson, lui, tranche. L’éditorialiste écrit, dans le dernier numéro du Point : « payer ses impôts était un acte, c’est devenu un viol ». Ah ben non, non, Philou, c’est pas pareil. Ça, c’est ce qu’on appelle un abus… de langage. Un peu comme quand on parle de « prise d’otages » pour des grèves dans le métro, voyez ? 

Demandez à votre femme, votre fille, votre sœur, votre mère, votre fleuriste, votre ce que vous voulez, pourquoi ce n’est pas tout à fait la même chose. Une femme sur deux, en France et dans le monde, ayant à subir des violences sexuelles au cours de sa vie, vous devriez trouver facilement quelqu’un pour vous expliquer. 

Allez, bisous. 

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