Une vidéo cartonne sur les réseaux sociaux au Maroc. On y voit de jeunes hommes à qui l'on montre des mains rugueuses et usées, ils pensent qu'il s'agit de mains d'ouvriers, mais non, ce sont celles de leurs mères, leurs femmes ou leurs sœurs. L'occasion de parler du partage des tâches entre hommes et femmes.

Capture écran de la campagne de publicité Mio montrant les mains de femmes travailleuses, et surprenant les hommes les regardant
Capture écran de la campagne de publicité Mio montrant les mains de femmes travailleuses, et surprenant les hommes les regardant © Mio

La bonne nouvelle de la semaine

Elle nous vient du Brunei. Les homosexuels ne seront pas tués à coups de pierre – pour le moment. Youpi ! Souvenez-vous, on en avait parlé ici le mois dernier… Le sultan Hassanal Bokiah leur avait promis la peine de mort par lapidation, suivant son interprétation de la charia. Devant la levée de bouclier internationale, venue aussi bien des états membres de l’Onu que des ONG ou de personnalités publiques comme Georges Clooney : il recule. 

Très légèrement, hein, on appelle ça une "reculette" en langage non diplomatique. C’est un moratoire - temporaire- qui vient d’être prononcé, motivé par ce que le Brunei appelle une « mauvaise perception » de ce qu’il a voulu faire. Je ne sais pas, c’est peut-être sur la taille des pierres qu’on s’était mal compris. Ce qui reste très clair, en revanche, c’est que les couples d’hommes, ou de femmes, risquent toujours dix ans prison s’ils se font choper. Faut pas exagérer non plus. 

La vidéo de la semaine

Elle tourne en boucle, en ce moment, au Maroc, sur les réseaux sociaux… Conçue par une marque de détergent à l’occasion du Ramadan, le dispositif est minimal. Un plateau nu, un seul spot de lumière, une chaise sur fond noir.

Sur cette chaise, vont défiler des hommes, vieux ou jeunes, en chemise ou en survêt. Ils s’appellent Amin, Nabil, Rachid. Sagement, ils obéissent au protocole et se présentent à la caméra. 

Et puis ils se taisent, et regardent. Face à eux, sur un écran géant, des mains, en noir et blanc. Ridées, craquelées, cabossées, elles sont caleuses, ont l’air rugueuses. Devinette : à qui appartiennent-elles ? Rachid, Amin et Nabil répondent : ce sont des gens qui vivent dans la rue. Ou, à minima, qui travaillent dehors. Avec des métiers difficiles, ça ils en sont sûrs. 

À tous les coups, ce sont des mains de peintre en bâtiment, de plombier, de jardinier. En tous cas, ils sont vieux. Très vieux. Tous sont d’accord là dessus. Sauf que des visages apparaissent alors à l’écran. Ceux à qui appartiennent ces mains. Ou plutôt celles. Ce sont les mères, les femmes, les sœurs de Nabil, d’Amin, de Rachid. Stupéfaits, ils rient d’abord, nerveusement. 

Et puis, comme sorties de l’écran, elles les rejoignent sur le plateau. Alors les yeux se mouillent un peu, alors les corps s’embrassent et s’enlacent. Rachid, Nabil, Amin demandent pardon et promettent d’en faire plus à la maison. 

Je sais, les esprits chagrins trouveront ça lénifiant. Peut-être. Mais c’est aussi touchant. Suffisamment pour que la vidéo, en quelques jours, ait été vue 1 million 200 000 fois. Et à ceux qui nous écoutent, et qui assez rapidement, seraient tentés de se dire, "oh là là, les hommes sont vraiment pas civilisés de l’autre côté de la Méditerranée, non mais, vous avez vu comment ils traitent leurs femmes, elles se tapent tout le boulot, on est en 2019 non mais oh !"

Je me contenterai de rappeler que, selon le dernier rapport de l’INSEE, de ce côté-ci de la Méditerranée, chez nous donc, en France, les femmes consacrent toujours 3 heures et 26 minutes de leur temps aux tâches ménagères. Contre 2 heures pour les hommes. Alors oui, ça change, ça bouge, ça s’équilibre… Doucement. deux heures de repassage, de ménage, ou prioritairement de bricolage, pour les hommes, c’est une minute de plus en dix ans. 

L’objet de la semaine

Il a attiré beaucoup de curieux au concours Lépine ces derniers jours. Ligne élégante, couleur flashy et tout en courbe hélicoïdale, il s’appelle "Lapee" et vous assure une paix royale au moment où vous en avez le plus besoin. C’est un urinoir de plein air pour femmes. Oui, l’urinoir, c’est le seul objet qui à ce jour, n’existait que pour les hommes. 

Dans des festivals, par exemple, des zones sinistrées, ou encore des camps de réfugiés. C’est à ces endroits là que pensait Gina Perier, toute jeune architecte française, quand elle a conçu son Lapee. Résidant au Danemark, où l’on a, disons, une vision peut-être un peu plus pragmatique du corps des femmes, elles s’est souvenue que, si nous étions, bien évidemment, des princesses en voilette et au cœur pur, nous avions aussi, parfois, besoin de pouvoir s’isoler, en toute sécurité – plutôt que de partir s’accroupir dans les buissons. 

D’où la petite marche prévue pour accéder à l’urinoir, qui, avec ses parois d’1m65, vous permet, vous, de voir à 360° autour de vous sans vous faire mater pour autant. Cadeau bonus, Lapee est parfaitement recyclable, totalement écolo. Comme quoi, l’égalité et la protection de l’environnement, ça passe aussi par les toilettes.

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