En Corée du sud, le phénomène "molka" a pris de l'ampleur : il s'agit de dissimuler des caméras pour filmer des femmes à leur insu.

Filmer des femmes à leur insu, c'est le phénomène du "Molka" en Corée du Sud
Filmer des femmes à leur insu, c'est le phénomène du "Molka" en Corée du Sud © Getty / alfalfa126

Le mot de la semaine

Molka. C’est joli, hein, Molka ? Ça fait couleur café, péché mignon, sexy chocolat. C’est surtout une belle tarte à la crème, tellement, ces derniers temps, on le retrouve à la une des journaux sud-coréens. La pratique consiste à placer des toutes petites caméras espionnes dans des cabines d’essayage, sous des escalators, dans des toilettes publiques. Filmer des filles, des femmes, à leur insu et balancer ça sur le net moyennant quelques pépettes. Jusqu’ici, tout le monde le savait, tout le monde se taisait.

Au pays du matin pas si calme, on ferme sa bouche, on serre les dents, attention tabou et la honte sur toi si on a pu filmer sous ta jupe. Mais MeToo est passé par là, et les sud-coréennes se mobilisent, depuis juin, dans la rue et sur les réseaux sociaux pour que le gouvernement, la police, la justice finisse enfin par intervenir. Les affaires de Molka officiellement recensées ont bondi, multipliées par six depuis 2010 – on en comptait 6 000 en 2017. Après, quelque soit le type d’agression sexuelle, et l’endroit du monde où elles ont lieu, les chiffres sont désespérément les mêmes : une femme sur dix seulement porte plainte. Plainte qui débouche seulement dans 2 % des cas sur une condamnation. 

Dernières en date ? Deux stars de la K Pop, cette musique extrêmement populaire auprès des jeunes en Corée du Sud, sont actuellement derrière les barreaux. Et puis là, une affaire d’une ampleur inédite : deux hommes ont été arrêtés pour avoir placé des caméras dans trente hôtels – et quarante-deux chambres – filmé 1 600 personnes, pas forcément tout le temps habillées, diffusés les vidéos de 800 couples, et récolté au passage la modique somme de 5 500 euros. Ils risquent jusqu’à cinq ans de prison. Les autorités publiques, après avoir été très complaisantes avec le Molka, ont fini par lever le petit doigt. Voire dix petits doigts puisque les principales villes du pays se sont lancées dans la fouille à grande échelle de 2 000 hôtels et de 50 000 toilettes publiques. On dit quoi : c’est ragoûtant mais il était temps ?   

Au même moment, là, maintenant, un hôpital de San Diego se retrouve poursuivi en justice par un collectif de 80 patientes. En tout, elles seraient jusqu’à 1 800 à avoir été filmées alors qu’elles accouchaient ou se faisaient opérer. Ce qui veut donc dire, pour que les choses soient à peu près claires, qu’elles étaient, à ce moment là, inconscientes et/ou en souffrance et/ou à peu près nues pour ne pas dire totalement. 

L’hôpital, le Women Health Center ne dément pas, mais se défend : oui, des caméras de surveillance ont bien été placées dans trois salles de naissance et plusieurs blocs opératoires. Mais c’est parce que des produits anesthésiants avaient été volés et qu’ils voulaient retrouver les coupables. L’objectif devait donc rester braqué sur les chariots de produits, mais oups, c’est ballot, on a la caméra baladeuse à San Diego, elle a glissé et des fesses, des cuisses, des sexes ont été filmés. Une plainte collective avait déjà été déposée contre l’hôpital en 2016. Elle a été classée sans suite. Alors on dit quoi maintenant : MeToo est passé par là, et cette fois on y croit ?

Très bonne nouvelle en revanche, dans certains films, les acteurs sont consentants

Surtout quand ils s’appellent Russel Crowe, Nicole Kidman et Lucas Hedges tous les trois à l’affiche de ce film, Boy Erased, actuellement en salle. C’est l’histoire de Jared, adolescent bien comme il faut, bien dans les clous de cette petite ville de l’Arkansas, aux Etats-Unis. Bon élève, il joue au basket et sort même avec une pom-pom girl, c’est vous dire s’il essaie… Sauf qu’il est homosexuel et que ça, c’est tout de suite moins raccord couleur – ça fait tâche, voyez… 

L’apprenant, son pasteur de père, vous savez, celui qui a le cœur sur la main et aime son prochain, l’envoie au Refuge, un endroit à mi chemin entre la secte et le camp de redressement. C’est une histoire vraie. C’est même la première fois qu’un film raconte la réalité de ces thérapies de conversions, toujours très en vogue aux Etats Unis. Leur point de départ, c’est que l’homosexualité est un choix et, accessoirement, un péché dont on peut, dont on doit guérir. Sermons, prêches, séances de tir, humiliations publiques, mauvais traitements en tout genre… Tout est bon pour remettre Jared et ses camarades de galère sur la bonne voie : « devient l’homme que tu n’es pas. Fait semblant et le reste suivra », voilà ce qu’ils entendent à longueur de journée. Ou encore : "Dieu n’aime pas ta façon d’être… Alors sors toi les doigts." Non, ça c’est de moi.

Comme le jeune Cameron, que vous entendez là, ils sont 700 000 à avoir subi, aux Etats Unis, ce genre de cérémonies d’exorcisme, à grand coup de Bible sur le dos. Mais elles existent aussi en Europe, et seraient même en augmentation, d’après les associations LGBT, à la faveur de l’expansion des églises Evangéliques. 

En France, leur recrudescence s’expliquerait aussi par le retour en force des chrétiens les plus radicaux et les prises de positions publiques, entre autre, de la Manif pour tous. Le problème, c’est le flou juridique qui entoure ces pratiques, opérées en général, dans le plus grand secret des familles, des églises ou des cabinets médicaux. 

En Mars dernier, le Parlement Européen a voté à une très large majorité un texte qui condamne les thérapies de conversion et encourage fortement les états membres à légiférer pour les interdire. À ce jour, sur les 27 pays de l’Union, combien l’ont fait ? Un. Un seul. Malte. Partout ailleurs, circulez, y a rien à voir.

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