Des Etats-Unis à la Pologne, les opposants à l'IVG se sentent pousser des ailes en ce moment. Giulia Foïs fait le point.

Manifestation en faveur de l'avortement, en Pologne (ici en l'occurrence, en janvier 2018)
Manifestation en faveur de l'avortement, en Pologne (ici en l'occurrence, en janvier 2018) © AFP / Wojtek RADWANSKI

Ça ne sent pas très bon dans l’Ohio en ce moment du côté du Parlement. Se sentant certainement pousser des ailes dans le dos grâce à l’administration Trump, les opposants à l’IVG prennent le micro... Ils donnent de la voix, se font des brushings impeccables, mettent robe rouge et enfant en écharpe pour dire ce genre de choses : 

La maternité n’est pas chose facile, certes, mais elle est nécessaire. C’est la raison pour laquelle chacun d’entre nous est ici aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle chacun d’entre nous a un cœur qui bat, et la possibilité d’avoir ce débat, ici même. 

Christina Hagan, élue républicaine, défend ici l’un des deux projets déposés à la chambre des représentants de l’Ohio. 

1) Le premier n’a pas encore été examiné et propose, tout simplement, d’assimiler l’IVG à un meurtre et donc de le sanctionner de la même façon : et hop, allez, couic, la peine capitale. 

2) Le second, lui, vient d’être adopté par les représentants et doit encore obtenir le feu vert du Sénat… Appelé « loi du battement de cœur », il prévoit de punir de 12 mois de prison tout avortement pratiqué au-delà de six semaines de grossesse. Jusque-là, des projets similaires, votés dans différents états américains avaient tous été retoqués au niveau fédéral. Oui mais, avec la nomination du très conservateur Brett Kavanaugh, au début de l’automne, à la Cour Suprême, il n’est pas impossible, cette fois, que le texte passe. 

Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, la Pologne s’apprête à donner un nouveau tour de vis sur l’IVG

Le Pologne a déjà l’une des législations européennes les plus restrictives en la matière. L’avortement n’y est autorisé qu’en cas de viol, de risque pour la santé de la mère ou de malformation grave du fœtus. C’est ce dernier critère que les députés conservateurs voudraient faire sauter… Sauf que 94% des avortements légaux, pratiqués en Pologne, le sont aujourd’hui parce que le fœtus est lourdement handicapé. Supprimer ce critère revient quasiment à interdire l’avortement. Je ne voudrais pas avoir l’air de citer Simone de Beauvoir, mais tout de même : 

N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.

Comme quoi, Simone a eu le nez creux. 

L'image de la semaine : des photos de femmes en Abaya

Mais ça bouge, avec l'image de la semaine, qui nous vient d’Arabie Saoudite. Des femmes portant une Abaya, ce voile noir qui les recouvre totalement, ça, on avait l’habitude de les voir dans l’espace public saoudien… Là, ces photos qui se multiplient, sur les réseaux sociaux montrent à peu près la même chose. A un détail près : ces Abaya sont mises à l’envers, photographiées, postées, aimées, partagées en signe de protestation… 

Un appel du pied, peut-être, au prince héritier : Mohamed Ben Salmane avait montré au printemps dernier un signe d’ouverture plutôt inédit sur le sujet. Il avait déclaré :

Si les femmes doivent porter des tenues décentes et respectueuses, comme les hommes, rien dans la Charia, ne les oblige à porter l’Abaya. 

Sauf que depuis, rien n’a bougé. Pas le moindre petit décret d’application publié. 

Le chiffre de la semaine : le pourcentage de femmes victimes de harcèlement sexuel

C’est une enquête sans précédent menée par l’IPSOS. L’institut de sondage a sélectionné des enquêtes menées sur le harcèlement sexuel dans 12 pays différents. Elle a ensuite posé la question suivante à ses habitants : « Selon vous, sur 100 femmes de votre pays, combien ont été victimes de harcèlement sexuel depuis l’âge de 15 ans ? ». 

Et bien on est très loin du compte. Aux Etats-Unis, les hommes tablent sur un petit 44% quand elles ne sont pas loin du double. Les Français eux, estiment à 40% environ le nombre de femmes victimes de harcèlement sexuel.  Or elles sont… 75%... Comme quoi, #MeToo, ça rentre par une oreille, ça sort par l’autre ? 

En tous cas, les langues se délient, les statistiques des violences sexuelles ont bondi depuis le début de la vague #MeToo, en France : on passe, d’après l’Observatoire national de la délinquance, de 173 000 victimes déclarées en 2017 à 265 000 cette année. Des femmes, dans leur écrasante majorité. Et encore, l’enquête ne compte que les violences sexuelles subies hors ménage… Soit une victime toutes les deux minutes. Et donc allez, combien de femmes harcelées, menacées, molestées, abusées, voire violées, depuis  le début de cette chronique ? 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.