Exceptionnellement, Giulia Fois s'intéresse à une seule femme dans le monde. elle s’appelle Noa. Elle a 17 ans, elle est végétarienne depuis ses neuf ans, elle aime la nature et les gens. Elle vit avec sa sœur, et ses parents, à Arnhem, c’est aux Pays Bas et comme musique, elle écoute ça...

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Photo d'illustration © Getty / Mixmike

...« The Mushroom Cloud », du Kyteman Orchestra. C’est une groupie, Noa. Comme toutes les ados de son âge, elle a ses idoles, ses envies. Elle les raconte, elle écrit. Sur les réseaux sociaux, pas mal. Mais sur un blog qu’elle tient, aussi. Sur les photos, elle est jolie. 

Cheveux bouclés, et blond, et longs. Un visage rond, une peau de lait, elle a encore dans les traits, cette enfance qu’on voudrait retenir. Je sais pas, peut-être que je délire, que je veux pas la laisser partir.

Elle aime ça, Noa. C’est le reste qu’elle aime pas. C’est dedans que ça va pas. Sur son visage, ça se voit pas. 

Mais on le sait, aux Pays Bas. On la lit, Noa. On lit qu’elle se sent sale, à l’intérieur. Elle écrit cette douleur, dans la tête, dans le cœur. Elle dit la peur. Elle vit la peur. 

Ça fait 6 ans que Noa a peur. Ça a commencé à 11 ans, l’anniversaire d’une copine. Noa est encore une gamine. Y a des garçons, y a des plus grands. Et ils lui font du rentre dedans. Elle, elle veut pas. Eux, n’entendent pas. 

Six mois plus tard, ça recommence, toujours à un anniversaire, encore on lui dit : « laisse-toi faire ». Oui c’est un viol, elle sait, Noa. Mais porter plainte, elle ne peut pas. Elle a trop honte, elle a trop peur. 

Alors motus, elle ne dit pas

Elle fait semblant de rester en vie, alors qu’en vrai, elle survit. J’invente rien, elle l’a écrit. Trois ans plus tard, c’est reparti. A 14 ans, en pleine rue, ils étaient deux, deux inconnus. 

Cette fois, y a juste des coups en plus. Son corps ne lui appartient plus. Alors elle ne l’alimente plus. Y a plus que son blog qu’elle nourrit, en fait une autobiographie. Elle s’appelle « Gagner ou apprendre », elle voudrait surtout se faire comprendre. Son livre a plu, il a ému. Mais l’émotion, ça suffit pas. 

Et c’est là qu’intervient la loi

Vient ce jour où Noa écrit. A une clinique spécialisée. Elle leur dit qu’elle est fatiguée, qu’elle voudrait bien tout arrêter. Pour une fois prendre les choses en main, ne plus rien se laisser imposer, enfin pouvoir se reposer. Oui ça s’appelle « euthanasie », et aux Pays Bas c’est permis.

Même quand on a l’âge de Noa, quand on est encore si petit. Les psys se penchent sur son cas, les politiques donnent leur avis, mais sa demande est rejetée, on l’envoie faire une thérapie. Tu reviendras quand tu seras plus grande, tu pourras refaire une demande, en attendant, débrouille-toi, reprend ta vie, jeune Noa. Mais cette vie là, elle n’en veut pas. 

Vendredi 31 mai, dernier message sur Instagram

Elle a hésité, Noa, avant de partager ça. Et on se demande aussi pourquoi. Une dernière fois, sonner l’alarme ou nous sommer de la regarder, nous tendre un miroir, son reflet, pour que l’on sache, que l’on fasse face ? 

Ou alors dernière coquetterie, d’une fille qui aime raconter sa vie ? L’histoire ne le dira jamais. Ce qu’on lit c’est qu’elle est soulagée. Enfin la lutte est terminée. Enfin la douleur va cesser

Et sur son lit aménagé, dans le salon de la maison elle prend le temps de dire au revoir à tous ses proches qu’elle a aimés. Elle prend le temps de le raconter, de le poster, de partager. 

Noa est partie un dimanche, c’est sa sœur qui l’a annoncé. Et nous on peut s’interroger. 

Qu’est-ce que c’est donc que ce pays qui autorise l’euthanasie, à des ados, des tous petits ? Qu’est-ce que c’est donc que cette époque où le suicide n’est plus privé, où même la mort est exhibée, sur Instagram, partagée. 

Je comprends qu’on se pose la question. Ça évite les débats de fond. Ça empêchera de se demander ce qui fait surtout qu’aujourd’hui, une femme sur deux sera violée. Ce qui fait que dans ce monde-ci, c’est la victime qui est condamnée. Qu’on peut finir par en crever, faute d’avoir été écoutée. 

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Dans Le Monde : L’adolescente néerlandaise Noa Pothoven n’a pas été « euthanasiée »

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