Giulia Foïs nous parle cette semaine de la couleur violette, la couleur qui a déferlé dans les cortège du 8 mars. La couleur des grèves et manifestations féministes, qu'on a vu notamment en Suisse, en Espagne et en Belgique.

La couleur de la semaine

C’était le violet, on en a vu un petit peu partout ces derniers jours. Décliné en perruque, écharpes, ballons, banderoles, et même en rouge à lèvres, il a déferlé dans tous les cortèges, toutes les assemblées de femmes organisées autour du 8 Mars. Jusqu’à Bienne, en Suisse, dimanche dernier. 

Une grève féministe, mais pourquoi donc ? Et bien pour pas mal de choses, en fait. Après neuf mois de concertations, les militantes suisses ont établi une liste de dix-sept revendications, qui portent aussi bien sur l’égalité des salaires, le congé parental, la gratuité de la contraception et de l’IVG, que sur la suppression de la taxe sur les protections hygiéniques. Et pour marquer le coup, donc, cette grève du 14 Juin. Hommage au 14 Juin 1991 ou un demi-million de Suisses étaient descendues dans la rue à peu près pour les mêmes raisons.

On en voit tous les ans, le 8 Mars. Cette année, par exemple, c’était le cas en Belgique, en Espagne, comme en Argentine. Dit comme ça, ça peut sembler un peu flou. Mais imaginez tous ces petits boulots, à temps partiels, occupés majoritairement par des femmes, qui d’un coup, se mettent à tourner à vide. Plus de caissière, de femme de ménage, de nounou… Imaginez qu’à la maison, 80 % des tâches domestiques ne soient plus assurées. Et que dans le même temps, les femmes arrêtent d’acheter - oui, parce que les courses aussi, sont, aujourd’hui encore, la plupart du temps, faites par des femmes.

L’idée, c’est de rappeler que si la moitié de l’humanité dit stop, c’est la planète entière qui pile net. Valable pour le bureau, valable pour la chambre à coucher. En 1974, déjà, le MLF avait organisé une grève des femmes et ça c’était traduit aussi comme ça.  Maintenant, toutes celles qui veulent un enfant, qu’elles soient célibataires ou en couple avec une femme, peuvent devenir mère. La PMA pour toutes est passée par là et… Ah non, pardon. Ça n’a pas bougé.

L’idée de génie de la semaine

À un moment donné, il y a quand même un, ou deux, voire trois petits rigolos, cerveaux brillants du jeu vidéo qui se sont dit : tiens ! Si on inventait une planète hantée par des zombies, avec des femmes qu’on poursuivrait dans des ruelles sombres pour les plaquer contre le mur et pour les violer ? Waouh ! On appellerait ça « Rape Day », parce que ça claque, hein, « jour du viol ». Mais oui, ont répondu d’autres petits génies -  les patrons de Steam, plateforme de jeu en ligne qui a eu, donc, la riche idée de le diffuser, ce jeu.

De là, génie un jour, génie toujours, il y a eu tout plein de petits malins qui ont adoré se vautrer sur leur canapé pour se mettre dans la peau de violeurs en série. C’est rigolo, hein? Sauf que, ça avait visiblement échappé à tout le monde, mais "MeToo" est passé par là. Tollé sur les réseaux sociaux. Steam a commencé à s’abriter derrière la liberté de création… Comment dire : ça n’a pas tenu bien longtemps et aujourd’hui, Rape Day n’est plus disponible. Alors, je ne sais pas vous, mais moi, ça me donne envie de me laisser des pantalons pattes d’eph, et de me téléporter en 1974, voyez…  

Capture d'écran du jeu vidéo "Rape day"
Capture d'écran du jeu vidéo "Rape day" / Editeur Valve

La punchline de la semaine

On la doit aux juges de la cour d’appel d’Ancona, en Italie. Toutes des femmes, je le précise, qui ont décidé d’acquitter deux hommes, condamnés pour viol en première instance. Si elles les ont acquittés, c’est parce que, selon elles, la victime n’était pas crédible. Oui, car elle était, attention, je cite : « trop laide et trop masculine pour pouvoir susciter le désir ». Ah. Moi qui croyais qu’on n’était pas crédible quand on était au contraire trop bien gaulée et trop en minijupe, franchement ? Autant se remettre une crinoline, tiens. Mais oui, la barbe, on s’en fiche, des femmes ! Allez, rendez-vous le 14 Juin.

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