La chaîne de distribution allemande Edeka a diffusé à la télévision un spot de pub qui a provoqué un véritable tollé sur internet. La marque affirme qu'elle voulait rendre hommage aux mamans, mais beaucoup y voit surtout une publicité simplement sexiste.

La vidéo de la semaine

C’était la riche idée d’un géant allemand de la distribution, la chaîne Edeka qui a diffusé ce spot dimanche sur les réseaux, une semaine jour pour jour avant la fête des mères. Les images sont léchées, au ralenti, en noir et blanc. C’est émouvant.

Au départ, on ne sait pas vraiment à qui s’adresse cette petite fille. À sa maman assise sur un banc, ou à son père qui l’emmène au parc ? Qui l’emmène au parc et qui galère sévère. Comme tous les hommes, en fait, qui défilent dans cette campagne. Entre celui qui, dans la cuisine, mène une lutte à mort contre le mixer, se fait exploser la soupe à la tête, et celui devant son enfant, son bébé, sa chair en chaise haute qui pleure toutes les larmes de son corps parce qu’il a si faim. Mais ce n’est rien, non rien, à côté de ce qu’il se passe dans la salle de bain. Cette petite fille, scalpée par son paternel qui voudrait lui faire des tresses, mais lui arrache les cheveux en voulant lui enlever les nœuds. Pas beaucoup mieux, ce lourdaud qui  déboule dans la chambre de son ado, sans frapper, et découvre son fils, au lit, main sous la couette, en train de regarder des vidéos, disons que c’est pas de là géopolitique… Quant à celui qui s’endort en lisant une histoire, le mufle, ou celui qui tire un ballon à sa fille et paf ! Elle le prend en pleine face. Décidément les papas…

Depuis sa diffusion, la vidéo a été vue plus d’un million de fois, provoquant le tollé sur les réseaux sociaux et même des appels au boycott. Accusée de sexisme, Edeka se défend : c’était une façon de remercier les mères pour tout ce qu’elles font. Alors euh… C’est gentil, mais non. En fait, dès qu’on nous remercie d’être des mères, j’ai toujours peur, moi, qu’on nous enferme à la cuisine. Sans vouloir être parano, on pourrait peut-être rappeler que dans le monde entier, si la fête des mères existe, c’est par la volonté de mouvements natalistes et nationalistes, qui culminent, en France, avec le Maréchal Pétain. En 42, par exemple, il s’adressait aux mères, à la radio et leur disait : « Vous seules, savez donner à tous ce goût du travail, ce sens de la discipline, de la modestie, du respect qui font les hommes sains et les peuples forts. Vous êtes les inspiratrices de notre civilisation chrétienne ». Je voulais juste vous dire ça avant dimanche. Allez, bonne fête des mères !

L’objet de la semaine

Il est très joli. Gris perle, liseré doré, courbes fuselées, il s’appelle Osé. C’est une merveille de Sex Toy connecté, qui imiterait à la perfection la sensation d’une langue, d’une bouche, et plus si affinités. Attendez, j’en sais rien. Je suppute de la qualité d’Osé… Faut attendre l’automne pour le tester. C’est la date à laquelle il devrait être commercialisé car il vient d’être réhabilité. C’est qu’il secoué, si je puis dire, ce petit coquin. En janvier dernier, à Las Vegas, au CES, salon mondial de l’innovation technologique, il aurait du être primé. C’est ce qu’on avait annoncé à sa conceptrice, Lora Di Carlo. Sauf que, revirement : non seulement on lui retire le prix avant même de lui décerner, mais en plus, elle est interdite de salon. Argument avancé par le CES : Osé présente des caractères, je cite, « indécents, immoraux, obscènes et profanes » qui contreviennent à l’image du salon.

Pas du tout comme les poupées gonflables qui peuplent tous les ans les allées du CES, sans que personne ne trouve rien à y redire. Faut croire que, quand il s’agit de sexualité, masculine ça n’est ni profane, ni obscène. De là à se dire qu’il y aurait une forme de discrimination sexiste, non. Non, on ne peut pas dire ça. Parce que le CES en présente des objets pour femmes. Y a des tire-laits géniaux, par exemple. Et des trucs incroyables pour se re-muscler le périnée après l’accouchement. J’y pense : idée cadeau pour la fête des mères, non ? Allez hop là ! Tout les femmes, à la cuisine et le sex toy au placard ! Sauf que non, parce qu’elle s’est bagarrée, Lora Di Carlo. Osé a récupéré son prix. Le CES a admis avoir mal géré l’affaire. Vivement l’automne, donc !

Le chiffre de la semaine

À quelques jours du festival de Cannes, autant l’avoir en tête. Parce que, sans vouloir jouer les devins, je parie sur une petite polémique autour de l’absence de femmes au palmarès, dans quinze jours… Sauf que le problème, il est en amont. Il est dans ce chiffre : 8 %. C’est la part de films réalisés à Hollywood par des femmes, en 2018. Soit trois points de moins que l’année précédente. Alors, on pourrait mettre ça sur le compte d’un système globalement tenu par des hommes qui se coopteraient entre eux, ou alors sur des femmes qui s’auto-censurent, à force de s’entendre dire qu’elles ne sont pas capables. On pourrait éventuellement penser à la répartition des tâches ménagères, toujours très inégale, aux Etats-Unis comme ailleurs et qui pourrait faire que, en gros, quand je passe ma journée à changer des couches, j’ai globalement moins le temps pour faire le kéké sur un plateau. Mais non. Non, franchement, je pense pas. À tous les coups, les femmes ont moins de talent. Ça doit être ça. Allez, bisous 

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