Dans le « Tracey Ullman Show », un sketch montre un homme qui porte plainte pour vol. L’accueil qu’on lui réserve au commissariat est plutôt surprenant…

Droits des femmes : lentement (mais sûrement ?), les choses avancent
Droits des femmes : lentement (mais sûrement ?), les choses avancent © Getty

C’est un sketch de la BBC, diffusé dans le cadre du Tracey Ullman Show. On est dans le bureau d’un commissariat, la lumière est froide, le mobilier, gris, la pièce est nue ou quasi. Un homme porte plainte pour vol sous la menace d’une arme. On lui a pris son couteau et son portable. Plutôt bien mis et bien fait de sa personne, il raconte, bafouille, cherche ses mots, à une policière imperturbable : l’actrice Tracey Ullman elle-même. Elle a le regard aussi dur que sa frange est droite et ses mâchoires, serrées. Très vite, elle le coupe et lui demande : « vous étiez habillé comme ça ? Non mais parce que vous faites très riche, hein. C’est un peu provoquant, quand même… ça ressemble un peu à une invitation, non ? » Stupéfait, l’homme tente péniblement de se défendre. La policière va alors chercher une collègue.  

Le sketch est génial. Allez le voir, vous le trouverez facilement sur le net. 

Vous risquez de vous marrer et puis, quand même, dans un coin de votre tête, ça devrait fait « tilt ». Quand la victime devient à minima suspect, cette inversion de la culpabilité, ce mot, là, responsabilité… Ça vous parle, non ? C’est une enquête publiée par l’Ipsos en 2015 sur les Français et leur représentation du viol. On vous a demandé si des femmes qui portaient des tenues sexy dans la rue, se rendaient seules chez un inconnu, et/ou avaient une attitude (avec plein de guillemets) provocante dans un endroit public étaient en partie responsables du viol qu’elles avaient subi. Ou si, du moins, le violeur était moins responsable du crime qu’il avait commis. Vous êtes, suivant les cas, 30 à 40% à répondre… Oui. C’est quand même un petit peu de leur faute.

La perfection au masculin

La perfection au masculin, ça vous dit quelque chose ? C’était le Gillette et le mâle du 20ème siècle. En 2019, soit un an après « Me Too », la marque fait un virage à 180°. « Le meilleur qu’un homme puisse avoir », devient, dans cette nouvelle campagne, « le meilleur qu’un homme puisse être ». On y voit des hommes qui harcèlent, humilient des femmes, plaquent des mains aux fesses, des garçons qui se castagnent. Et, comme un refrain, en boucle, « boy will be boys ». Ce sont des garçons, que voulez-vous, haussement d’épaules, sourires mi- fiers, mi- résignés. Mais là, la voix off dit stop. Quelque chose a changé. Il est temps que ces comportements cessent. Temps que les adultes d’aujourd’hui apprennent aux petits garçons à devenir des hommes meilleurs demain.

C’est bien, hein ? Ça n’est pas l’avis de tout le monde. La pub a été vue 1 million de fois en 24 heures. Elle a récolté 13 000 mentions « j’aime » sur YouTube. C’est très peu, et dix fois plus de « j’aime pas ». Sur Twitter, les commentaires outragés n’ont pas tardé à se pointer. Jusqu’aux appels au boycott de la marque, qui empêcherait les hommes de devenir des hommes, des vrais. Qui harcèlent, humilient, et se castagnent, vous voulez dire.

« Alors, heureuse ? » 

Je résume, mais c’est à peu près ce qui a été demandé par l’IFOP à 6 000 femmes venues de six pays européens. Et la réponse est dingue : elles sont toutes, nous sommes toutes, incroyablement satisfaites de notre vie sexuelle : grimpage au rideau assuré, hululements de joie garantis, chaque galipette est une promesse. Promesse de bonheur et de paradis. Je déconne, évidemment. Le résultat n’est pas glorieux, surtout dans les pays latins. Cela a peut-être quelque chose à voir avec « les hommes, les vrais », je ne sais pas. En tous cas, avec un taux de 30 % d’insatisfaction, les Italiennes, les Françaises et les Espagnoles sont clairement les moins bien loties.

Vous me direz : « c’est déjà bien qu’on leur pose la question, et quand même, elles nous enquiquinent à jamais être contentes celles-là ». N’empêche. Elles feraient bien de prendre un billet pour Amsterdam. Oui, les Néerlandaises sont seulement 25% à rêver d’une vie sexuelle plus épanouissante. Pour les ¾, donc, tout va bien -  ça doit être l’effet tulipe, allez savoir. Mais comment vous dire, ce post Instagram, publié cette semaine par une Anglaise tombe pile poil comme il faut. Elle écrit : « le fait que j’aime encore les hommes aujourd’hui prouve que la sexualité n’est pas un choix ». Et ça, c’était la vanne de la semaine. 

C’est un pas de géant qui vient d’être… Enfin, plutôt, un petit saut de cabri. Mais petit à petit, l’oiseau faisant toujours son nid. Depuis dimanche, les tribunaux saoudiens sont tenus d’envoyer un SMS aux femmes dont les maris viennent de divorcer – oui, ça reste très unilatéral, là-bas, mais jusque-là, les hommes pouvaient se « démarier » sans en avertir leur ex qui restait alors dans un flou juridique complet. C’est donc terminé. Les Saoudiennes pourront désormais, elles aussi, se faire lourder par texto. Comme quoi, il y a quand même une justice.

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