Suite à un tweet de Donald Trump, des milliers de femmes ont inondé Internet pour raconter des histoires de traumatismes, sous le #WhyIDidntReport

#WhyIDidntReport (image d'illustration)
#WhyIDidntReport (image d'illustration) © Getty / Justin Paget

Le hastag de la semaine : #WhyIDidntReport ("pourquoi je n’ai pas porté plainte")

#WhyIDidntReport : voilà la formule qui a fédéré des dizaines de milliers de tweets tout le week-end, d’abord aux Etats-Unis et puis un petit peu partout dans le monde, jusqu’en France d’ailleurs.

C’est un habitué des petites bombinettes sur Twitter qui a déclenché le raz de marée : Donald Trump lui-même. Son candidat à la cour suprême, Brett Kavanaugh, est accusé par une femme de l’avoir agressée sexuellement, lorsqu’ils étaient étudiants, dans les années 1980. Tweet du président américain : 

« Si les attaques avaient été aussi graves que ce qu’elle dit, il y aurait eu une plainte d’elle ou de ses parents aimants »

Raaaaaaahhhh là là, la revoilà, la petite combine qui consiste encore et toujours à mettre en doute la parole de la victime. 

Le réflexe en est presque animal. On vous raconte une agression sexuelle ? Couic, plus de cerveau. Ça sort tout seul : "Et pourquoi t’as pas porté plainte ? Pourquoi t’as rien dit ? T’es sûre que t’as vraiment dit "non" assez fort ?" 

Depuis des millénaires, les victimes de viol sont immédiatement suspectes, voire coupables, sommées de se justifier. Et dans certaines parties du monde, on les lapide encore, on les jette en prison, on les brûle à l’acide pour avoir souillé l’honneur de leur famille. 

Heureusement, aujourd’hui, certaines dégainent leur pouce et contre-tweetent. C’est l’actrice Alyssa Milano qui a lancé le mouvement la première, vendredi. Voilà ce qu’elle répond à Trump : « J’ai été agressée sexuellement deux fois, une fois adolescente. Je n’ai jamais porté plainte à la police et il m’a fallu trente ans pour en parler à mes parents ». Très vite sa camarade Ashley Judd, déjà en pointe, l’an dernier, dans l’affaire Weinstein, lui emboîte le pas : « La première fois que c’est arrivé, j’avais 7 ans. Je l’ai dit aux premiers adultes possibles. Ils m’ont répondu : « C’est un malentendu, c’est un gentil vieux monsieur ». Donc, quand j’ai été violée à 15 ans, je ne l’ai dit qu’à mon journal».

Une à une, des femmes, de tout âge, tous horizons, se mettent à tweeter. Parce que j’avais six ans. Parce que c’était mon père. Parce que j’avais honte. Parce que j’ai eu peur. Parce que quand j’ai fini par en parler, mon père a dit que j’étais une menteuse. 

Oui, parce que, malgré tout, certaines essayent de parler. Ce qu’elles entendent alors est suffisamment clair pour dissuader toutes les autres de l’ouvrir. 

C’est une enquête publiée l’an dernier, en France, par les associations féministes du groupe F : sur dix femmes qui ont porté plainte, 9 ont été mal reçues dans les commissariats. "Et comment vous étiez habillée ? Mais ça va pas de se balader dans la rue ça cette heure-là ? Et votre mari, il en pense quoi ?"  (Vrai de vrai).

60% d’entre elles, seulement, peuvent aller au bout de leur démarche et effectivement porter plainte. Aux États-Unis, ça n’est pas beaucoup mieux : sur 1000 viols, 6 débouchent sur une condamnation. Brett Kavanaugh devrait donc pouvoir dormir tranquille, quoiqu’il ait fait, aux côtés de son épouse, Ashley, douce, aimante, souriante devant les caméras de Fox News. 

Oh, ben si il est gentil, alors… #fatigue. 

Manifestation de femmes dans le Sénat américain, suite à un tweet de Donald Trump (des milliers de femmes ont également réagi sur le réseau social Twitter, sous le hashtag #WhyIDidntReport
Manifestation de femmes dans le Sénat américain, suite à un tweet de Donald Trump (des milliers de femmes ont également réagi sur le réseau social Twitter, sous le hashtag #WhyIDidntReport © AFP / Brendan Smialowski

L’appli de la semaine : "Natural Cycle"

On la trouve en Suède et à quelques jours de la journée mondiale du droit à l’IVG, elle a son petit parfum vintage, qui vous fait bien remonter les poils du nez… 

En savoir plus sur Natural Cycle

La femme de la semaine

Elle s’appelle Chiara Bordi, elle a 18 ans, et elle se présentait au concours de Miss Italia… Sur les réseaux, on lui a dit « rentre chez toi », on lui a dit « tu me dégoûtes », on lui a dit, « tu n’as rien à faire ici ». 

Chiara Bordi porte une prothèse, elle a été amputée d’une jambe après un accident de scooter, elle se tient surtout suffisamment debout pour résister aux tonneaux de vomi qu’on a déversé sur elle pendant des semaines. Elle n’est pas rentrée chez elle, et elle a bien fait : Chiara Bordi a terminé deuxième Dauphine de Miss Italie

Et Paf !

Chiara Bordi, finaliste pour devenir Miss Italia
Chiara Bordi, finaliste pour devenir Miss Italia © Maxppp / ETTORE FERRARI/EPA/Newscom
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