L'objet de la semaine c’est une combinaison. Spatiale. Mise au point par la NASA pour des astronautes, elle est ultra-perfectionnée, limite intelligente tellement elle est résistante à toutes les variations atmosphériques, facile à enfiler : une partie pour les jambes, une autre pour les bras et hop là !

Christina Koch sera finalement accompagnée de Nick Hague
Christina Koch sera finalement accompagnée de Nick Hague © AFP / Kirill KUDRYAVTSEV

Sauf que non. Parce qu’à vue de nez, vous faites une taille M, plutôt que L ou XL… Et que la NASA, du M, eh ben elle en a plus. Et c’est donc sur cet éminent argument vestimentaire qu’une mission historique a du être annulée… Pour la première fois, deux femmes devaient être envoyées dans l’espace, ensemble. Sauf que, c’est balot, des combi M, y en avait qu’uneL’une des deux astronautes a donc été renvoyée gentiment à la maison, tandis qu’un homme, un vrai, un qui s’habille en L ou XL, partira bien dans l’espace

La polémique n’a pas tardé, les accusations de sexisme ont fusé, la NASA s’est défendue à peu près comme ça : "sorry sorry, but" on peut pas tout prévoir. C’est sûr, c’est pas comme si vous étiez la NASA. Et c’est pas comme si depuis des décennies, les femmes étaient effacées de la conquête spatiale. Alors, pour ceux qui nous écoutent et qui se disent que bon, enfin, les combis spatiales, ça reste un public de niche… Je dis que oui, mais qu’en fait, ça va beaucoup plus loin. 

Avez vous déjà entendu parler du "Gender Data Gap" ?

C’est un concept popularisé tout récemment par une journaliste britannique, Caroline Criado Perez, dans son dernier livre Invisible Women, où elle démontre comment les femmes sont invisibles au sens où elles ne sont tout simplement pas prises en compte dans les banques de données, les fameuses « data », qui nous environnent. Tous les objets et les services du quotidien sont conçus à l’aune d’une sorte de mètre étalon que serait l’homme blanc, de 25/30 ans et de 70 kilos. 

C’est à partir de sa morphologie et de son métabolisme qu’on a par exemple dessiné les smartphones, toujours un peu trop large pour la paume moyenne d’une femme… Inventé les logiciels de reconnaissance vocale, plus performants de 70% avec des voix d’hommes. Ça marche aussi avec les gilets pare-balles, mal taillés pour les policières ; les sacs de chantiers, conçus pour des dos masculin, la climatisation des bureaux et les dangers des produits toxiques : la peau des femmes étant souvent plus fine, on pourrait, par exemple, relever les seuils de tolérances. 

Mais non, on ne le fait pas, puisqu’on ne le sait pas. Ça n’est même pas une question. L’exemple le plus parlant en est sans doute celui de la sécurité en voiture. Je laisse Caroline Criado Perez vous l’expliquer. 

Et pourquoi ? Parce que les crashs tests sont effectués avec des mannequins reprenant les dimensions, le poids, la taille de l’homme standard, en position standard. Les femmes, elles, plus petites en moyenne, que les hommes, vont avoir tendance à relever un peu le siège ou à l’approcher du moteur. Une déviation par rapport à la norme, et aux résultats des crash tests, qui les rendent beaucoup plus vulnérables aux collisions frontales. A moins peut-être de mettre une combi de la NASA. Mais oh, non, y en a pas. 

Ça bouge, cela dit… Parfois, certaines femmes tentent de produire leurs propres données sur des questions qui les concernent directement…

Et c’est ce que faisait depuis 7 ans le mensuel du Vatican, "Femmes, Eglises, Monde"… Dirigé et rédigé par des femmes, adossé à l’Osservatore Romano, le quotidien du Vatican, il traitait à la fois de questions théologiques et de sujets de société. En février, on y trouvait par exemple un dossier sur les religieuses violées par des prêtres, forcées à avorter ou chassées de la communauté avec leur enfant sous le bras… Un mois plus tard, le mensuel met la clé sous la porte. 

Décision prise par sa directrice, l’historienne catholique et féministe Lucetta Scaraffia, et elle s’en explique dans une lettre au pape, rendue publique aujourd'hui. Invoquant un climat de « méfiance » et de « délégitimation progressive », elle accuse la direction (masculine) de l’Osservatore de vouloir prendre la main sur le mensuel. Les intéressés, bien entendu, s’en défendent : jamais nous n’avons voulu intervenir. Tout au plus avons nous suggéré des thèmes et éventuellement des experts à interviewer. Vraiment, pas plus que ça, juré, croix de bois, crois de fer, si je mens, ha ha, je vais en enfer. 

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