Après les succès électoraux des Bolsonaro, Orban et autre Trump ou Salvini, on a l'impression d'assister à l'inexorable déclin de la démocratie. Alors changement d’humeur : il y a encore un espoir ! Il vient du pouvoir des juges. C'est " le monde à l'envers".

Manifestantes pour la défense des libertés et contre Bolsonaro pendant la campagne à Rio
Manifestantes pour la défense des libertés et contre Bolsonaro pendant la campagne à Rio © Radio France / Nathanael Charbonnier

Hier soir, le STF a rendu sa première décision depuis la victoire de Jair Bolsonaro, dimanche au Brésil.

Le STF, c’est le Supremo Tribunal Federal, autrement dit la Cour Suprême au Brésil. Et cette décision que voici ne va pas plaire au nouveau président d’extrême droite.

Je m’explique. La Cour suprême, à l’unanimité de ses 9 juges, met un terme aux opérations de police conduites dans les universités brésiliennes. 

Depuis la semaine dernière, les forces de l’ordre sont en effet intervenues dans plusieurs facultés pour interdire les rassemblements anti Bolsonaro. Elles ont saisi du matériel, fermé les amphis et empêché les débats. 

La juge Carmen Lucia Antunes est le rapporteur de la décision de la Cour. Et elle n’y va pas par quatre chemins. « Ces interventions policières, écrit-elle, portent atteinte aux libertés de manifester, de penser, de se réunir, prévues dans l’article 5 de la Constitution». Et elle continue : « Les universités sont des espaces de liberté et de dialogue ». 

Les mots les plus forts sont pour la fin, en bas de la page 14 : « Toda forma de autoritarismo e iniqua. Pior quando parte do Estado ». Traduction : toute forme d’autoritarisme est inique. Et c’est encore pire quand cela provient de l’Etat.

Pas besoin d’un décodeur : les juges Brésiliens, critiqués par la gauche pour avoir maintenu Lula en prison dans les enquêtes pour corruption, disent au nouveau pouvoir d’extrême droite : nous serons des remparts pour défendre les libertés.

Le courage des Cours Suprêmes en Inde et au Pakistan

Le courage des juges, il est au rendez-vous aussi avec la relaxe d’Asia Bibi au Pakistan: il y a parfois des coïncidences dans l’actualité. Et c’est le cas avec cette série de décisions judiciaires dans plusieurs pays où la démocratie est fragile.

Je n’insiste pas sur le Pakistan. De nouvelles manifestations organisées par les extrémistes musulmans ont à nouveau aujourd’hui paralysé les grandes villes du pays. Et les trois juges de la Cour Suprême qui ont relaxé la chrétienne Asia Bibi, sont désormais tous menacés de morts par les intégristes.

Il y a un mois, c’était chez le grand voisin, l’Inde, que la Cour Suprême, là aussi, avait rendu une série de décisions spectaculaires :

-         Dépénalisation de l’adultère et autorisation donnée aux femmes d’engager des poursuites au civil quand elles sont trompées par leur mari ;

-         Liberté d’accès pour les femmes dans l’un des plus grands temples du pays ;

-         Dépénalisation de l’homosexualité.

Autant de décisions que les gouvernements indiens n’auraient jamais eu l’audace de prendre. Pas plus qu’au Pakistan le personnel politique n’ose critiquer la loi sur le blasphème.

On pourrait citer d’autres exemples ailleurs : le courage de la Cour Suprême au Kenya qui invalide la présidentielle l’an dernier, ou le courage de la justice sud-africaine condamnant l’ex président Zuma à rembourser de l’argent public.

Autant de cas où, face à un pouvoir exécutif autoritaire (ou lâche), les juges prennent le risque de défendre les libertés. 

La Cour Suprême américaine ne montre pas l'exemple

Dans les démocraties pluralistes occidentales, la situation est presque plus inquiétante.

Reprenons la séparation des trois pouvoirs définie par Montesquieu : 

1.     L’exécutif, autrement dit président et gouvernement : ils sont touchés par la dérive autocratique, y compris en Occident, regardons Trump.

2.      Le législatif, autrement dit le Parlement, il tend à obéir trop facilement à l’exécutif. C’est une critique récurrente en France.

3.     Reste donc le 3ème, le judiciaire, dont l’indépendance devient, dans ce contexte, encore plus cruciale.

C’est pour ça que le passage en force du candidat de Trump, Brett Kavanaugh, pour la nomination à la Cour Suprême américaine, est révélateur. A Washington, le pouvoir exécutif veut mettre le pouvoir judiciaire à sa botte. 

Aujourd’hui, l’exemple nous vient donc de démocraties plus jeunes et a priori pourtant moins solides. Ce sont bien les juges brésiliens, indiens ou pakistanais qui nous donnent des leçons d’indépendance, de courage, et de défense des libertés publiques.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.