Le Costa Rica vient d’élire hier son nouveau président. Et là où c’est intéressant, c’est que la campagne s’est polarisée sur un sujet : le mariage homosexuel. Dans cette Amérique Latine souvent décrite comme très pieuse, les droits des homosexuels sont en train de progresser à vive allure. C'est le "monde à l'envers".

Militants du mariage homosexuel célébrant la victoire de Carlos Alvarado à San Jose de Costa Rica
Militants du mariage homosexuel célébrant la victoire de Carlos Alvarado à San Jose de Costa Rica © AFP / Ezequiel BECERRA / AFP

Revenons un an en arrière : en France, la campagne présidentielle bat son plein ! Et bien imaginez maintenant qu’elle se soit jouée exclusivement sur le thème du « mariage pour tous » !

C’est exactement ce qui vient de se passer dans le petit Costa Rica, la plus vieille démocratie d’Amérique Latine. Le Costa Rica, 50.000 km2 (la taille d’une région française), dans la partie Sud de l’Amérique Centrale.

Donc, le 2nd tour hier, c’était « Alvarado contre Alvarado » ! Deux homonymes, sans aucun lien de parenté.

Au départ, tous deux semblaient n’avoir aucune chance. Ni l’un, ni l’autre.

Et puis début janvier, coup de théâtre ! La Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme, l’équivalent de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, change la donne : elle se prononce en faveur du mariage homosexuel.

Et d’un seul coup, le sujet devient LE thème de campagne.  Les deux Alvarado s’en emparent et se retrouvent face à face hier :

-         D’un côté Fabricio Alvarado, 43 ans, pasteur et chanteur évangélique, radicalement opposé au mariage homosexuel, arrivé en tête au 1er tour, après sa campagne « por la familia », « pour la famille ».

-         Et de l’autre Carlos Alvarado, 38 ans, ancien journaliste et rockeur à ses heures, devenu ministre du travail, favorable aux unions de même sexe, arrivé second au 1er tour en qualifiant son rival de « menace fondamentaliste ».

Résultat la nuit dernière : c’est le trentenaire, rocker partisan du mariage, qui l’a emporté. 

Haut la main : 61% des voix !

L'Amérique Latine en pointe sur les droits des homosexuels

Ça ouvre donc la voie à la légalisation du mariage homosexuel au Costa Rica. Et ça n’a finalement rien de surprenant en Amérique Latine…

Vous assimilez l’Amérique Latine à un continent conservateur et religieux ? Révisez vos manuels et vos clichés ! En fait, c’est en train de devenir, avec l’Europe, LE continent des droits homosexuels.

Le mariage y est déjà légalisé dans 4 pays : en Argentine depuis 8 ans (2010), au Brésil et en Uruguay depuis 2013 et en Colombie depuis 2016.

A cette liste il faut ajouter :

-         Le Mexique, où l’union de même sexe est légale dans la moitié du pays, tolérée dans l’autre moitié ;

-         Et le Chili et l’Equateur, où existe l’équivalent du PACS.

Par-dessus le marché, la Cour interaméricaine des droits de l’homme vient donc d’ouvrir la voie à la légalisation dans 12 autres pays du continent.

Mais… Il y a un gros MAIS… Cette évolution cache un paradoxe : en Amérique Latine, les droits des homosexuels progressent plus vite que ceux des femmes.

Le meilleur exemple (vous en parliez ici même Fabienne la semaine dernière) : c’est l’accès à l’avortement, encore très difficile au Chili et plus encore en Argentine.

D’ailleurs, pour en revenir au Costa Rica, devinez quoi ? Le vainqueur, vous n’avez pas oublié, le trentenaire rocker, et bien il est pour le mariage homo, mais… contre l’avortement…

La poussée évangéliste et la fracture sociale

Donc là, il y a bien un poids de la religion quand même, et en bon journaliste, je vais dire maintenant exactement l’inverse de ce que j’ai dit il y a une minute !

En fait ne révisez pas totalement vos manuels. L’Amérique Latine, c’est aussi une terre de religion.

C’est surtout le continent de la grande rivalité entre catholiques et protestants évangéliques néo-pentecôtistes.

Les premiers restent majoritaires, environ 400 millions de pratiquants, mais leur poids diminue sans cesse : 90% de la population il y a 50 ans, 70% aujourd’hui.

Les seconds, à l’inverse, ne cessent de progresser en investissant l’espace médiatique et politique: ils sont désormais plus de 100 millions, 20% des latino-américains.

Et un essor considérable en Colombie, au Brésil, et plus encore au Guatemala où ils sont désormais aussi nombreux que les Catholiques.

Là encore, le cas du Costa Rica est révélateur : le pays est majoritairement catholique, mais c’est donc un pasteur évangélique qui s’est retrouvé sur la scène politique, avec l’appui de l’Eglise romaine.

Ce scrutin est donc très révélateur de la fracture sociale entre mouvements religieux (plutôt implantés en zone rurale) et partis progressistes (plus forts dans les villes). Cette ligne de fracture va provoquer des soubresauts pour longtemps, et pas seulement en Amérique Latine.

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