L’OTAN célèbre ses 70 ans d’existence, avec plusieurs réunions et cérémonies prévues à Washington. L’organisation de coopération militaire des Occidentaux est aujourd’hui remise en cause par Donald Trump. Son avenir est en question. Et c’est donc le moment de dire "Vive l'OTAN" ! C'est "le monde à l'envers".

La conférence de presse de Donald Trump lors du dernier sommet de l'OTAN en juillet 2018
La conférence de presse de Donald Trump lors du dernier sommet de l'OTAN en juillet 2018 © AFP / Brendan Smialowski / AFP

Drôle d’ambiance tout de même. Imaginez la scène : vous êtes invité à fêter votre anniversaire chez votre parrain, et le parrain en question passe son temps du dire à du mal de vous… 

Et bien c’est un peu ça, ce 70ème anniversaire de l’OTAN à Washington. Vu que depuis plusieurs mois, Donald Trump ne cesse de se plaindre du fonctionnement de l’organisation de l’Atlantique Nord et de ses 29 membres. Le président américain parle d’un organe « obsolète ». Et à plusieurs reprises, il a évoqué une remise en cause de la clé de voûte de l’OTAN, son article 5 : il prévoit que tous les membres se portent secours en cas d’agression de l’un d’eux.

Donald Trump exige que le financement de l’organisation soit plus équitable. Et soit dit en passant, il n’a pas tort. Le financement américain reste largement supérieur, en proportion du PIB, par rapport aux financements européens. Et puis Trump n’aime pas, on le sait, les enceintes multilatérales. Il préfère les accords bilatéraux. Par exemple, l’hypothèse d’une grande base américaine en Pologne revient régulièrement sur le tapis.

Pour compléter le tableau, ajoutons que la 2ème armée de l’OTAN, la Turquie, joue un rôle ambigu en cherchant à acheter des missiles sol-air russes et que l’OTAN est régulièrement critiquée, pour son échec militaire en Afghanistan ou en Libye, ou pour son retard dans la prise en compte de la cyber guerre.

L'Arlésienne de l'Europe de la défense

Donc tout ça peut laisser penser que l’avenir de l’OTAN est très incertain d’autant qu’il y a désormais les projets parallèles pour ne pas dire concurrents de l’Europe de la Défense. Et c’est là où il faut marquer une pause, parce que l’argument se renverse : l’Europe de la Défense n’est pas prête et ce n’est pas demain la veille. 

Et c’est la première raison majeure qui incite à maintenir l’OTAN. L’Europe de la défense, aujourd’hui, ce sont de beaux discours, plusieurs projets. Mais finalement assez peu de choses concrètes. Oui il y a depuis un an un fonds européen de défense, et des projets franco-allemands sur « l’avion du futur » et le « char du futur ». Mais on est loin du compte. 

D’abord, il y a un profond désaccord, voire un fossé culturel entre Paris et Berlin sur la question des ventes d’armes. Pour l’Allemagne, l’industrie de l’armement doit répondre à des critères éthiques, pas question par exemple de livrer des armes à l’Arabie Saoudite après l’affaire Khashoggi. La France, à l’inverse, n’y voit que du business.

Ensuite, la grande pagaille du Brexit complique la donne sur la coopération militaire et stratégique avec le Royaume-Uni. 

Enfin et surtout, l’Europe ne se pense pas en termes de défense. C’est une Arlésienne depuis les années 50 et la première tentative de constituer une « Communauté européenne de défense ».  L’Europe ne se voit pas comme une puissance militaire, ni en termes offensifs de projection sur des théâtres extérieurs, ni en termes défensifs. Et tant que ça ne sera pas le cas, que reste-t-il ? L’OTAN. CQFD.

Le retour à la raison d'être initiale de l'OTAN

Donc c’est l’OTAN faute de mieux mais c’est l’OTAN aussi parce qu’il y a des menaces et qu’il vaut mieux avoir les moyens de se protéger. 

La Russie d’abord : elle est en passe de redevenir une sorte « d’ennemi classique » : ambiance de guerre froide, développement d’un nouvel arsenal de missiles hypersonique de moyenne et longue portée, stratégie de conquête (en Crimée, dans l’Est de l’Ukraine). L’OTAN retrouve donc le rôle initial de sa création : faire face à Moscou. En se dotant d’une capacité rapide de déploiement en quelques jours. 

Deuxième menace : la Chine, dans un autre registre, pas seulement l’armement classique, mais aussi l’armement technologique, la cyberguerre. Et sur ce terrain, l’OTAN est enfin en train de muscler son jeu, avec la création à Mons en Belgique d’un centre d’opérations dédié spécifiquement à la lutte contre les cyber menaces.

En fait, les Européens auraient tout intérêt, aujourd’hui, à prendre Donald Trump à son propre jeu : répondre à ses demandes financières, investir davantage dans l’OTAN. Pour mieux y revendiquer ensuite plus d’influence dans la prise de décision. Encore faut-il sur ce sujet, comme sur les autres, que les Européens avancent unis, ce qui n’est jamais gagné. 

En tous cas, dans ce monde redevenu instable, la vieille devise latine est à nouveau d’actualité : Si vis pacem, para bellum. Si tu veux la paix, prépare la guerre.

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