C’était les élections générales hier chez nos cousins francophones du Québec. Et le résultat a valeur de maison témoin pour tous ceux qui continuent de refuser de regarder en face les poussées nationalistes de droite. En voici donc une de plus. C’est le « Monde à l’envers »…

Le leader de la CAQ et futur premier ministre du Québec François Legault
Le leader de la CAQ et futur premier ministre du Québec François Legault © AFP / MARTIN OUELLET-DIOTTE / AFP

C’est surtout le Québec qui a la tête à l’envers depuis ce matin. Il vient de vivre un séisme politique : ce que la presse québécoise appelle aujourd’hui « la naissance du Caq-istan ».

Vous n’y comprenez rien ? Je vous fais la traduction. La CAQ, tout le monde l’appelle comme ça là-bas, c’est l’acronyme de « Coalition Avenir Québec ». 

Et bien la CAQ vient de remporter les élections haut la main. 37% des voix, 74 députés sur 125, la majorité absolue.

Pourquoi c’est un séisme ? Parce que la CAQ n’existe que depuis 7 ans. Elle n’a jamais été aux affaires.

Dans cette Province du Canada de 8 millions d’habitants, on était habitué à des votes modérés, sans parti extrémiste. La percée de la CAQ confirme que, même sur les terres de tempérance, les droites, si ce n’est extrémistes, du moins nationalistes, ont le vent en poupe.

Regardons les ingrédients, ce sont toujours à peu près les mêmes.

D’abord un leader avec de la gouaille : François Legault, c’est le patron de la CAQ. 61 ans.

Particularité : il est multimillionnaire depuis déjà plus de 20 ans, il s’est fait tout seul après avoir fait fortune grâce à la compagnie aérienne Air Transat, il se veut un homme du business.

Et il n’hésite pas à sortir des formules à l’emporte-pièce dans un style iconoclaste.

Vous avez compris, suivez mon regard : un parfum de mini Trump. Un homme de droite qui emprunte certains thèmes populistes à l’extrême droite.

L'immigration au cœur de la campagne

Il veut évidemment réduire les impôts, diminuer la « bureaucratie », etc.

Mais surtout il a placé le sujet de l’immigration au cœur de la campagne électorale. Fait sans précédent au Québec.

Et le plus saisissant, c’est que ce raisonnement est sans fondement économique.

Avec seulement 5% de chômage et 3% de croissance, le Québec a un besoin criant de main d’œuvre : 1000.000 emplois non pourvus.  Les entreprises réclament de la main d’œuvre étrangère.

Qu’à cela ne tienne, François Legault veut diminuer le nombre d’immigrants : passer de 50.000 à 40.000 par an. Et son discours fait un tabac, en particulier au sein de l’électorat blanc, plutôt âgé et en dehors des centres-villes.Comme en Europe, comme aux Etats-Unis.

C’est le signe que ce dossier sensible de l’immigration ne possède pas uniquement un ressort économique, mais surtout un ressort psychologique et sociétal : de nombreux Québécois ont un sentiment de citadelle assiégée, en particulier sur la question de la langue, du français. Avec la crainte de voir cette identité effacée par l’arrivée d’immigrés non francophones.

François Legault se revendique donc évidemment nationaliste. Mais un nationalisme identitaire, au sein du Canada, très éloigné des vieilles revendications indépendantistes plutôt de gauche qui avaient agité le Québec dans les années 70 et 80.

Le rejet des partis de gouvernement

Cette revendication indépendantiste est d'ailleurs dans les choux. Et le parti qui l’a incarné aussi.

C’est le PQ, le parti québécois. Il avait 32 députés jusqu’à aujourd’hui. Seulement 9 depuis ce matin. Une claque.

Même effondrement pour l’autre parti traditionnel de gouvernement : le parti libéral, aux affaires toutes ces dernières années. Là aussi effondrement : il passe de 69 à 32 députés. Une déroute.

Les deux mouvements qui ont donné le « La » de la vie politique dans la Province depuis 50 ans sont donc au fond du trou. Ils ne résistent que dans les centres-villes de Montréal et de Québec. 

Là encore, c’est une maison témoin de la vague « dégagiste » en cours dans tout le monde occidental.

Le seul autre parti qui tire son épingle du jeu et progresse, c’est Québec Solidaire, un mouvement écologique, mais avec seulement 10 élus.

On se résume : même sur une terre réputée modérée sans problèmes économiques, le discours d’une droite nationaliste aux accents populistes (en particulier sur l’immigration) fait un carton.

Il ne faut donc pas s’attendre à ce que ce processus s’arrête. Le train est lancé à pleine vitesse.

Prochaine étape : les élections européennes au printemps prochain

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