Le prince héritier d’Arabie Saoudite secoue le cocotier. Mohammed Ben Salmane, qui sera dimanche en France, reconnait le droit des Israéliens à avoir leur territoire. Mais le rapprochement croissant entre Israël et l’Arabie Saoudite n'est pas nécessairement une bonne nouvelle. C'est "le monde à l'envers".

Mohammed Ben Salmane avec Donald Trump il y a dix jours à Washington
Mohammed Ben Salmane avec Donald Trump il y a dix jours à Washington © AFP / MANDEL NGAN / AFP

D’abord, on est tenté de se dire : Formidable !!! C’est la grande réconciliation israélo-arabe !

Jusqu’à présent, les deux pays ont toujours refusé de se reconnaitre l’un l’autre. Et Israël a toujours rejeté les plans de paix mitonnés par l’Arabie Saoudite.

Mais depuis quelques mois, le réchauffement est évident : partage d’informations sécuritaires, échanges commerciaux, autorisation de survol de l’espace saoudien pour les avions israéliens.

Et voici donc le pompon ! MBS, c’est le surnom de Mohammed Ben Salmane, reconnait le droit des Israéliens à posséder leur terre.

Le contexte, les affrontements à Gaza, auraient pu faire hésiter le prince héritier. Pas du tout…

Avec la bénédiction de Washington, le voilà qui installe l’Arabie Saoudite en quasi-allié d’Israël.

La grande puissance arabe sunnite qui fait ami-ami avec l’Etat juif, sur le papier on se prend à rêver de paix.

Sauf que ce rapprochement est source d’inquiétudes. Au moins trois.

Un attelage improbable 

La première de ces inquiétudes, c’est « la composition de l’attelage »…

Oui voilà un trio qui n’est pas totalement rassurant et qui fait un peu « carpe et lapin ».

Je veux parler des trois dirigeants concernés :

-         Un jeune trentenaire saoudien, MBS, qui joue de sa réputation de modernité pour transformer son pays, méthode bulldozer ;

-         Un Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, usé, empêtré dans 5 enquêtes judiciaires, et tenu par son aile droite la plus radicale ;

-         Et un Président américain, Donald Trump, dont la première caractéristique est d’être… imprévisible.

Trois hommes très différents, à la tête, par-dessus le marché, de trois pays qui ont multiplié les aventures militaires hasardeuses : en Irak pour les Etats-Unis, contre le Hezbollah au Liban pour Israël, et au Yémen pour l’Arabie Saoudite.

En résumé, un attelage dont on peut craindre l’impulsivité sur un éventuel terrain de guerre.

Le risque d'une guerre avec l'Iran

Et justement, c’est la deuxième source d’inquiétude, c’est que ce rapprochement est motivé par l’existence d’un ennemi commun… C’est l’Iran.

Voilà la clé de la « lune de miel ». Les trois pays, les trois leaders, assimilent l’Iran à une menace.

Avec des mots parfois très raides : MBS estime que le leader iranien Ali Khamenei est « pire qu’ Hitler ».

Alors entendons-nous bien : il ne s’agit pas ici de faire passer les Iraniens pour des enfants de chœur. Leur ingérence en Syrie, au Liban, et même au Yémen suffit à démontrer le contraire. Et le risque qu’ils font courir à Israël est indéniable.

Simplement, cet attelage Trump – MBS – Netanyahu comporte en lui-même un risque d’escalade.

A fortiori avec trois leaders confrontés à une contestation interne : dans ces cas-là, la tentation du conflit extérieur est toujours forte. Et a fortiori avec trois pays aux énormes capacités militaires, les ventes d’armes françaises à Ryad n’étant d’ailleurs pas étrangères à l’affaire (c’est une parenthèse)…

Pour compléter le tableau, il y a dans le cas de l’Arabie Saoudite, une compétition politique avec l’Iran pour s’affirmer comme LE leader régional. 

Et cette compétition est souvent « habillée » en des termes religieux, « sunnites contre chiites », qui visent surtout à instrumentaliser les foules. Ce n’est jamais très bon.

On peut donc se retrouver avec un conflit sur les bras, ou a minima des conflits par procuration, sur des terrains tiers.

Les otages libanais et palestiniens

C’est la 3ème source d’inquiétude: cet attelage fait en quelque sorte des otages… Au moins deux, je m’explique… 

Le premier c’est le Liban.

On l’a bien vu, avec l’étrange épisode, à la fin de l’année, de la démission provisoire du premier ministre libanais Saad Hariri, apparemment pilotée depuis Ryad.

En fait l’Arabie Saoudite refuse d’admettre le rôle du Hezbollah, pro Iranien, dans l’équation libanaise. Comme souvent par le passé, le Liban peut donc devenir une terre de conflit par procuration : Israël Arabie Saoudite d’un côté, Iran de l’autre.

Deuxième otage, là aussi comme souvent dans le passé : les Palestiniens. Si Israël et l’Arabie Saoudite deviennent alliés pour s’opposer à l’Iran, le règlement de la question palestinienne pourrait devenir anecdotique dans leur stratégie.

Mais cela pourrait précisément pousser définitivement le Hamas palestinien dans les bras de l’Iran… Ça non plus ça ne serait pas bon du tout…

Donc cette lune de miel peut aussi annoncer des tempêtes en série

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