Chicago vient d'élire son nouveau maire. Elle s’appelle Lori Lightfoot. Et elle brise plusieurs tabous en même temps. Elle n’est pas un homme, elle n’est pas blanche, et elle n’est pas hétérosexuelle. C’est le « Monde à l’envers ».

Lori Lightfoot (à gauche) avec sa fille et sa compagne, après l'annonce de sa victoire à Chicago
Lori Lightfoot (à gauche) avec sa fille et sa compagne, après l'annonce de sa victoire à Chicago © AFP / Kamil Krzaczynski / AFP

Elle met à elle seule « le monde à l’envers », ce monde où l’immense majorité des dirigeants politiques sont des hommes blancs hétérosexuels. Lori Lightfoot a 56 ans, et vous avez compris : elle est noire et lesbienne, homosexuelle revendiquée.

Hier soir, elle s’est imposée très facilement, 74% des voix, lors du 2nd tour de l’élection municipale dans la 3ème ville des Etats-Unis. Lori Lightfoot est démocrate, ça ce n’est pas une surprise : Chicago est une ville démocrate, dirigée depuis deux mandats par Rahm Emanuel, un proche de Barack Obama.

Le fait marquant, c’est donc sa couleur de peau et son identité sexuelle. Et si j’en parle, c’est parce que la nouvelle maire le revendique haut et fort. La nuit dernière, pour célébrer sa victoire, elle est montée à la tribune avec sa compagne, qui est blanche précisons-le, et leur petite fille de 10 ans.

Et elle s’est exclamée, sous un tonnerre d’applaudissements » : « Ça n’a pas d’importance, votre couleur de peau, qui vous aimez, et quelle est votre taille ! » Parce que Lori Lightfoot est aussi toute petite, à peine plus d’un mètre cinquante. 

Ce n’est que la deuxième fois en deux siècles que Chicago est dirigée par un noir, et la deuxième fois en deux siècles par une femme. Et en tout et pour tout, il n’y a que 7 villes aux Etats-Unis dont le maire soit une femme.

Lori Lightfoot est donc un miroir inversé de Donald Trump, le mâle blanc coureur de jupons. C’est une autre Amérique.

Une novice anti establishment

On pourrait donc penser qu'elle a gagné parce qu’elle est femme, noire et lesbienne, mais non. Et c’est là que ça devient encore plus intéressant. Ce n’est pas un vote communautariste. Les électeurs ont fait abstraction de sa couleur de peau ou de son identité sexuelle. Ces paramètres n’ont pas joué. 

Les électeurs ont choisi Lori Lightfoot pour de tout autres raisons : parce qu’elle incarne un « coup de balai » sur la scène politique. Parce qu’elle est perçue comme pouvant lutter contre la corruption des élites.

Lori Lightfoot est une novice en politique. Elle est juriste, ancien procureur fédéral. Elle n’a jamais exercé aucun mandat. Elle s’est lancée en politique il y a un an seulement. Elle était alors un parfait outsider dans la course à la mairie de Chicago.

Et c’est précisément ça qui a fonctionné : elle n’a aucun lien avec l’establishment. Contrairement à son adversaire du 2nd tour, battue donc à plate couture.

Déjà au premier tour, Lori Lightfoot avait écarté de son chemin des caciques du parti, comme l’ancien chef de cabinet de Barack Obama, Bill Daley. Elle est apparue comme la seule capable de faire le ménage dans une ville rongée par les scandales de corruption, par la criminalité et par les bavures policières.

C’est un indice supplémentaire de la vague de « dégagisme » qui sanctionne les élites installées un peu partout dans le monde : récemment en Ukraine, en Slovaquie, au Brésil.

Vu comme ça, Lori Lightfoot n’est plus un miroir inversé de Donald Trump, elle a même un vrai point commun avec lui. 

Un renouvellement démocrate réel mais peut-être insuffisant

Donc l’émergence de ces nouveaux profils chez les Démocrates ne signifie pas pour autant la fin de Trump…

Alors c’est vrai, il y a un phénomène en cours, indiscutable : un renouvellement de la classe politique côté démocrate. 

Plus de femmes, citons Kamala Harris ou Amy Klobuchar. Plus de jeunes, on pense évidemment à la figure emblématique Alexandria Ocasio Cortez 29 ans. Plus de noirs ou d’émigrés hispaniques, Cory Booker, Julian Castro.

Plus d’homosexuels revendiqués, comme l’une des figures montantes de la course à l’investiture démocrate, Pete Buttigieg. Tout cela est vrai.

Mais l’élection présidentielle américaine ne se gagne pas à Chicago ou à New-York.

Dans un an et demi, ça va se jouer d’abord (et comme toujours) dans les « swing states » du Mid West, ces Etats-clés des Etats-Unis qui font basculer le scrutin d’un côté ou de l’autre : le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie.

Et là-bas, il s’agit surtout de convaincre un électorat blanc masculin, souvent ouvrier avec un sentiment de déclassement.

C’est ce qu’avait réussi Donald Trump la dernière fois. C’est cette martingale que doit trouver l’opposition démocrate. Et un patchwork, une addition de votes communautaires ne suffira pas.

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