C’est la rentrée parlementaire aujourd’hui au Congrès américain, avec une majorité désormais démocrate à la Chambre des Représentants. Donald Trump n’a plus les mains totalement libres.Mais ce changement n'implique pas un renouvellement des dirigeant. C'est même plutôt le contraire. Et c'est le "monde à l'envers".

 La Démocrate Nancy Pelosi s'apprête à 78 ans à diriger la Chambre des Représentants
La Démocrate Nancy Pelosi s'apprête à 78 ans à diriger la Chambre des Représentants © AFP / MANDEL NGAN / AFP

Il faut se méfier des modes médiatiques. La presse a toujours tendance à survaloriser les faits nouveaux, parce que c’est plus sexy, plus excitant.

En l’occurrence, des articles à gogo pour raconter l’arrivée au Congrès américain de nouvelles figures, des jeunes femmes en particulier.

En tête de liste, Alexandria Ocasio Cortez : la très jeune (29 ans) élue du Bronx à New-York.

Elle coche toutes les cases de la nouveauté : fille d’émigrés portoricains, charismatique, promotrice d’un renouvellement des cadres à travers son mouvement Brand New Congress. C’est l’icône parfaite.

Ajoutons d’autres noms :

-         Rashida Tlaib 42 ans et Ilhan Omar, 36 ans : ce sont les deux premières femmes de confession musulmane à siéger au Congrès. La première est d’origine palestinienne, la seconde d’origine somalienne.

-         Ou bien encore Sharice Davids, 38 ans, première élue amérindienne.

On les décrit déjà comme les nouvelles incarnations de cette capacité américaine à faire émerger des leaders politiques jeunes : Kennedy à la Maison Blanche à 44 ans, Clinton ou Obama à 47 ans.

Mais tout cela est un effet d’optique, une loupe grossissante de la presse : en fait, ce renouvellement est marginal.

Ce sont à l’inverse, les vétérans qui, comme jamais auparavant, tiennent la boutique aux Etats-Unis.

Le club des septuagénaires 

D'abord il faut rappeler l’âge du capitaine lui-même : Donald Trump 72 ans. Jamais candidat plus âgé n’avait accédé à la Maison Blanche.

S’il fait un 2ème mandat, comme il en a l’intention, il l’achèvera à 78 ans.

Et ce soir, voici donc en effet le grand « come back » de Nancy Pelosi. 

Pour la 3ème fois de sa carrière, cette élue de Californie devrait être facilement désignée ce soir speaker de la Chambre : le 3ème dirigeant du pays dans l’ordre protocolaire. 

Cette figure de la vie politique, 15 mandats successifs de député, fêtera en mars son… 79ème anniversaire !

Vous en voulez plus ? Alors continuons :

-         Côté Républicain, le président du Sénat, Mitch Mc Connell affiche 76 ans, et Chuck Grassley, le président de la puissante commission des affaires juridiques a franchi les 85 ans. 

-         Côté Démocrate, les ténors sont tous septuagénaires : les deux ex candidats à la Maison Blanche (Bernie Sanders 77 ans, Hillary Clinton 71), l’ancien vice-président Joe Biden 76, le new-yorkais Michael Bloomberg 76 également, ou la californienne Dianne Feinstein 85 ans. A côté Elisabeth Warren, qui la première vient d’initier sa candidature pour la prochaine présidentielle, est un nouveau-né : elle a 69 ans !

On se résume : Moyenne d’âge de ces 10 personnages, piliers de la vie politique américaine : 77 ans !!

Le contraste est fort avec l’âge moyen des patrons de la nouvelle économie des Gafa, qui affichent 45 ans….

Plus fort que House of Cards 

Evidemment, ce n’est pas forcément un problème, il n'est pas question ici de faire du jeunisme. 

Nous savons tous qu’il existe des jeunes… crétins et des vieux… sages !

Non en revanche, c’est révélateur de ce qu’est la politique aux Etats-Unis.

Impossible de survivre dans le panier de crabes du Congrès si vous n’êtes pas un maitre tacticien rompu à toutes les ficelles. Si vous avez vu la série House of Cards, et bien imaginez que la réalité dépasse la fiction !

L’ancienneté est donc un facteur déterminant pour obtenir un poste clé au Sénat, par exemple Président de commission. Ou pour décrocher de gros contributeurs financiers pour les campagnes électorales.

L’exemple de Nancy Pelosi est l’incarnation de ce système : habileté manœuvrière, sens tactique, maîtrise des rouages.

Cette fois, quelques jeunes députés démocrates, une vingtaine, ont bien essayé de monter contre elle une candidature rivale pour diriger la Chambre. Ils ont rapidement renoncé.

En l’occurrence, il faut d'ailleurs peut-être se réjouir que Donald Trump trouve sur son chemin une adversaire expérimentée.

Mais on peut quand même s’interroger sur la capacité de cette génération à initier une nouvelle vision du monde, à rénover le rôle des Etats-Unis sur la scène internationale, que ce soit en termes économiques ou culturels. 

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