La cheffe du parti social démocrate en Allemagne, Andrea Nahles, a rendu son tablier. Vu d’ici, ça peut paraitre anecdotique. En fait, ça pourrait déclencher toute une série d’effets en chaine, en Allemagne et même en Europe. C’est le « Monde à l’envers ».

Angela Merkel lors d'une conférence de presse ce lundi 3 juin en Thuringe
Angela Merkel lors d'une conférence de presse ce lundi 3 juin en Thuringe © AFP / MARTIN SCHUTT / dpa-Zentralbild / dpa Picture-Alliance

Et pour commencer, je ne résiste pas au plaisir de vous montrer la Une du journal allemand Tageszeitung aujourd’hui. 

Gros titre : « Scheissjob zu vergeben ». Traduction : Job de merde à pourvoir. Voilà comment l’Allemagne regarde désormais le poste de patron du parti social-démocrate, ce grand parti qui, à l’image du PS en France, a longtemps gouverné le pays. 

Pour la plupart d’entre vous, vous n’avez jamais entendu parler d’Andrea Nahles et vous vous demandez de quoi je vous cause.  C’est révélateur :  le SPD allemand compte pour des prunes. 15% aux Européennes, et la perte de la ville emblématique de Brême, toujours dirigée par le SPD depuis la Seconde Guerre Mondiale.

Andrea Nahles, 48 ans, en a déjà ras-le-bol :  elle envisage même d’arrêter la politique. 

La direction du SPD s’est réunie en urgence cet après-midi. Un trio de dirigeants intérimaires a été nommé. Et le parti trouvera bien un successeur à l’automne. Il y a toujours des ambitieux.

Mais la vérité c’est que les sociaux-démocrates allemands, comme la plupart de leurs homologues en Europe, n’ont plus d’idées neuves, plus de programme clairement identifié, à force d’osciller entre le social et le libéral. Le jet de l’éponge d’Andrea Nahles c’est donc d’abord ça : l'avis d'obsèques de la social-démocratie.

Le chant du cygne de la GroKo

Ensuite, c’est comme les Matriochka, les poupées russes. Si le centre gauche du SPD se casse la figure, c’est l’édifice d’Angela Merkel et de la CDU de centre droit qui va s’écrouler avec. Pourquoi ?

Parce que le pouvoir de la chancelière repose sur la GroKo, c’est-à-dire la grande coalition centre gauche et centre droit.

Après les dernières élections, il a fallu des mois à Merkel pour préserver cette construction sans laquelle elle n’a plus de majorité à elle seule. Et qui l’a aidée dans cette entreprise ? Je vous le donne en mille : Andrea Nahles. 

Les deux femmes s’entendent bien, Nahles a été pendant 4 ans la ministre du travail.

Avec son départ, il est très probable que le SPD claque la porte de la GroKo. Au plus tard à l’automne.

Les sociaux-démocrates vont sans doute vouloir se repositionner plus à gauche. Le contrat de gouvernement avec la CDU de centre droit ne pourra plus tenir, sur l’immigration, le climat, les retraites.

C’est pour ça que dès le jet de l’éponge d’Andrea Nahles, hier après-midi, Angela Merkel s’est exprimée en urgence, un dimanche, pour essayer de rassurer.

Ça ne marchera pas. D’autant que la CDU ne va pas bien non plus.  28% seulement aux Européennes, c’est très bas pour le centre droit en Allemagne. Sans compter la menace d’être battue par l’extrême droite, en septembre octobre, dans les trois régions de l’Est, la Saxe, le Brandebourg, la Thuringe.

On se résume sur les conséquences de la démission de Nahles : Angela Merkel est plus près que jamais de la sortie. C’est pour ça que la voir se replier sur un poste européen n’est pas impossible; la CDU allemande est affaiblie par ricochet, ce qui limite son influence à Bruxelles; et l’hypothèse d’élections anticipées en Allemagne a grimpé d’un cran en quelques heures.

Je vous l’ai dit, de vrais effets dominos.

Les écologistes le vent dans le dos

Continuons dans la politique fiction, si nouvelles élections générales en Allemagne, qui gagne ? Une victoire de la CDU reste l’hypothèse la plus logique.

Mais, suite des effets dominos, le parti de centre droit allemand commence à être pris en sandwich. Un peu, dans une moindre mesure, comme le sont Les Républicains en France entre l’extrême droite de Marine Le Pen et le centre d’Emmanuel Macron.

Face à la poussée prévisible de l’extrême droite à l’automne prochain, la CDU sera tentée de droitiser son discours.

Mais si elle va trop loin, elle pourrait perdre les électeurs centristes, qui, en Allemagne, pourraient se tourner vers les Ecologistes.

Pour la première fois, un sondage, avant-hier, a donné les Verts en tête des intentions de vote au niveau national, 27¨% devant la CDU 26. En Allemagne, chez les moins de 45 ans, les Ecologistes sont désormais leaders, perçus comme les plus novateurs. Et plus largement, de nombreux Allemands considèrent que les Verts ont désormais toutes les capacités pour gouverner. Ils sont déjà présents dans les instances de gouvernement de la moitié des Régions.

Leurs leaders, Annalena Baerbock et Robert Habeck sont perçus comme crédibles. Et le sujet du climat figure désormais en tête des préoccupations de nos voisins.

Pour la première fois, l’hypothèse de voir un jour un écologiste à la chancellerie allemande, à la tête du plus grand pays d’Europe, n’est plus totalement fantaisiste. 

C’est en soi un événement politique majeur.

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